16 décembre 2008
Crises financières, braquages d’Etats

Comment la succession des crises
financières est-elle possible ? Quand s'arrêteront-elles ? Le principal intérêt de l’analyse de
Frédéric Lordon c’est de ne pas se réfugier dans la condamnation morale, dans les
clichés pratiques du « patron-voyou » ou du
« banquier-voleur ». Car le responsable, c’est le système lui-même,
et en premier lieu l’idéologie qui l’a construit et que les politiques de tous
bords, les économistes laquais et les journalistes idolâtres se sont empressés
de servir. Inutile de chercher très loin les raisons de ces offres de service.
De tous les secteurs d’activité la finance est, de loin, le plus profitable. Où
ailleurs trouve-t-on des taux de profits de 20 à 50% par an ?
Résumons l’argument : la dérèglementation a permis d’intensifier la concurrence et de libérer l’innovation. Or, ces deux moteurs surpuissants se sont avérés aussi dévastateurs que stériles. La concurrence a produit, comme elle le fait toujours, un effet de mimétisme aveugle, qui a poussé tout le monde à se ruer sur les mêmes occasions de profits, nourrissant des bulles toujours plus grandes. En finance, qui dit profit dit risque. En la matière, l’outil roi de la maximisation du couple profit/risque a toujours été le même : le levier. Le levier c’est la multiplication de la force spéculative par l’emprunt. Exemple : vous disposez de 10 000 euros. Vous pouvez soit investir directement et espérer 10% de gains, soit utiliser cette somme comme caution pour un emprunt 10 fois plus important dont les 10% rapporteront... 10 000 euros. Magie du levier ! Avec 10 000 euros de capitaux propres, il est possible de faire un profit de 100 % ! Mais le levier fonctionne dans les deux sens et si les 10% sont des pertes, c’est l’ensemble de vos capitaux propres qui se retrouvent asséché. L’effet levier peut ainsi produire des faillites sur de faibles écarts de marché et à vitesse grand V.
C’est ici qu’intervient le second moteur des crises, l’innovation. Dans les périodes d’euphorie, les spéculateurs ont bien conscience de s’exposer à des risques plus importants. Pour s’en prémunir, ils s’engouffrent alors dans les solutions proposés par l’ingénierie financière de leurs cadres surpayés. L’une d’elle s’appelle la titrisation. La titrisation consiste à adosser un investissement risqué à un titre négociable qu’on peut vendre à tout moment. Ainsi, les engagements apparaissent « liquides ». J’investis dans les subprimes certes, mais je sais, grâce à la titrisation, que je peux me dégager n’importe quand de ce marché pourri si les choses tournent mal. L’autre mécanisme, c’est simplement l’assurance. Il s’agit de se garantir en prenant une police d’assurance auprès d’un autre investisseur, lequel s’engage à rembourser les pertes contre une prime annuelle.
Or, ces deux « solutions » s’avèrent aussi illusoires l’une que l’autre. Elles agissent comme un parapluie sans toile, tout à fait efficace lorsqu’il fait beau, mais totalement inutile dès qu’il pleut. Ainsi, la titrisation représente une fausse promesse de liquidité. Un détenteur de titres ne peut s’en séparer que s’il trouve un acheteur pour endosser le risque à sa place. De fait, lorsque la crise est apparue, le marché des subprimes a tout simplement disparu. Plus personne n’était acheteur. Ceux qui comptaient sur la titrisation pour se défausser sur un autre gogo se sont retrouvé eux-mêmes gogo. Et que dire de la police d’assurance souscrite à grands frais ? Si elle fonctionne très bien lorsque le nombre des faillites reste à un niveau raisonnable, elle s’avère complètement dépassée dès que celui-ci augmente. Ce sont alors les assureurs qui font faillite, devenant rapidement incapables d’assurer quoi que ce soit !
Plus fondamentalement, l’analyse des crises et de leur déroulé montre que la question centrale est avant tout politique. Tout le système fonctionne comme si la véritable garantie des spéculateurs n’était ni leur soi-disante auto-régulation, ni leurs formidables innovations de défausse, mais bien les pouvoirs publics. Lorsqu’apparaît la crise, ceux-ci n’ont d’autre choix que de secourir le système à grands frais. En d’autres termes, la stratégie qui consiste à faire porter par le système dans son ensemble les risques que les acteurs eux-mêmes ne veulent plus assumer comme la contrepartie de leurs formidables profits apparaît comme l’aboutissement logique d’un système ultra-performant de maximisation concurrentielle. Face à cela, il n’existe qu’une seule réponse viable : restreindre drastiquement les profits du secteur afin de limiter les risques qui sont pris… par les contribuables.
Frédéric Lordon, Jusqu’à quand ? Pour en finir avec les crises financières, Raison d’Agir, 10€.
20 octobre 2008
Pour sortir de la crise
La crise actuelle est la superposition de trois crises. Il faut d’abord répondre à l’urgence qui est la crise de liquidités. En panne de confiance, les banques ne se prêtent plus entre elles et ne prêtent plus aux entreprises et aux ménages. Pour préserver le crédit, qui est essentiel au bon fonctionnement de l’économie, l’Etat doit donc intervenir et constituer un pôle public bancaire. Les nationalisations et les prises de participation doivent être définitives et assureront à l’Etat les moyens de contrôler le bon travail des banques.
Il faut en second lieu résoudre la crise financière. Plutôt que de racheter les créances douteuses du secteur financier, les pouvoirs publics doivent soutenir les ménages en situation de faillite en leur donnant les moyens financiers de faire face à leurs obligations. Toute aide au secteur financier doit donner lieu à des contreparties qui peuvent passer par la nationalisation confiscatoire des entreprises qui ont échouées. Il ne s’agit pas simplement de punir les dirigeants. Il faut aussi punir les actionnaires qui ont élu ces dirigeants.
Troisièmement, cette crise est le produit de la faillite d’un modèle économique fondé sur l’idéologie libérale. Il faut donc revoir en profondeur les règles qui régissent la finance et le commerce. Afin de limiter la spéculation stérile, il faut taxer les mouvements de capitaux. Inutile d’attendre un consensus général. C’est parfaitement possible de le faire à l’échelle de l’Europe. Il faut également interdire les transactions qui vont ou qui viennent de pays ou territoires à la législation laxiste (paradis fiscaux). Enfin, il faut garder à l’esprit que cette crise est une conséquence de la pauvreté et de la stagnation des salaires. Les gouvernements doivent donc préserver les travailleurs de la concurrence des pays à bas coût en imposant des taxes à toute importation qui viennent d’un pays qui pratique le dumping social ou environnemental.
17 octobre 2008
Aux origines de la crise: la faillite de Bretton Woods
A l'heure où l'on parle d'un « nouveau Bretton Woods », il convient de rappeler que les accords de Bretton Woods n’ont pas suffit à transformer durablement le capitalisme. Il faut en tirer la leçon et proposer une réforme beaucoup plus ambitieuse, fondée sur l’encadrement strict des pratiques commerciales.

Nous sommes en juillet 1944, dans la petite ville paisible de Bretton Woods. C’est dans ce décor somptueux des montagnes blanches du New Hampshire que les représentants de 45 pays alliés se réunissent. Leur objectif : établir un système monétaire international qui permettra le retour de la paix et du développement économique. Mais cette conférence n’est en réalité qu’une habile mise en scène, car cela fait des années que les délégations anglaises et américaines en négocient les détails entre elles. Quelques jours auparavant, White et Keynes, qui dirigent respectivement les délégations américaine et britannique, se sont même rencontrés dans un hôtel d’Atlantic City afin d’aplanir leurs derniers différents.
L’enjeu est considérable. La crise de 1929, et les guerres commerciales qui l’ont suivi avaient profondément déstabilisé l’économie mondiale. Aussi, pour éviter le dumping monétaire et sécuriser les transactions, il fut décidé d’établir un système de parité fixe entre les monnaies. La logique en était fort simple : chaque monnaie devait être convertible en un montant fixe de dollars, tandis que le dollar était convertible en or. La pérennité de ce système reposait sur la capacité des pays à maintenir la valeur de leur monnaie, ce qui impliquait de garder suffisamment de dollars (ou d’autres monnaies convertibles) en réserve, par rapport à la quantité de monnaie créée. La convertibilité du dollar reposait quant à elle sur les formidables réserves en or des Etats-Unis, détenteurs à l'époque de 80% de l’or mondial.
UN ACCORD PAS SI CLAIR
Si les délégations anglaises et américaines parvinrent à se mettre d’accord sur les grandes lignes de ce plan, ils s’opposèrent néanmoins sur son application et sur sa logique. Keynes avait parfaitement conscience des limites des accords de Bretton Woods, a tel point qu’il hésita à en recommander le rejet. Retenons deux idées de Keynes particulièrement innovantes pour l’époque et rejetées par les américains. La création d’une monnaie internationale, le bancor, qui se serait appuyée sur une banque centrale mondiale (et que le couple FMI / dollar a remplacé) ; la création d’une organisation chargée de réguler les échanges commerciaux et qui interdirait les pratiques de dumping. Keynes considérait en effet les déséquilibres commerciaux comme profondément destructeurs pour la stabilité du système. Il militait pour qu’en cas de déséquilibre commercial entre partenaires, les deux parties soient contraintes de changer de politique. Au contraire, dans la vision de Bretton Woods défendue par les américains, seul le pays en déficit était tenu de régulariser sa situation. Il devait emprunter auprès du FMI pour reconstituer ses réserves de change, et accepter en échange un plan d’ajustement structurel ou une dévaluation.
Absentes de la déclaration finale des accords de Bretton Woods, les idées de Keynes sur le commerce ne furent pas immédiatement abandonnées. En 1948, la Charte de la Havane prévoyait la création d’une Organisation internationale du commerce (OIC). Dans son concept, l’OIC était une institution des Nations unies qui cherchait le développement économique et social avant le développement du commerce. Elle avait pour mission de préserver des normes de travail équitables chez ses signataires, en collaboration avec l’Organisation internationale du travail. Enfin, et cela était sans doute le plus important, elle promouvait l’équilibre structurel des balances commerciales. Rejetée par le Congrès américain, elle ne fut jamais appliquée. Dès lors, ce fut l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT), signé un an plus tôt par un groupe restreint de pays, qui s’appliqua. Or, les deux systèmes n’étaient pas équivalents. Le GATT n’était qu’un accord technique visant à limiter les droits de douanes des principales puissances industrielles. Avec le Plan Marshal, qui rendait solvables les économies européennes, les Etats-Unis avaient en effet tout à gagner à la libéralisation du commerce. C’est donc l’accord du GATT qui régula les échanges mondiaux pendant presque cinquante ans, jusqu’à la création de l’Organisation mondiale du commerce en 1995, qui poursuit cependant la logique libre-échangiste du GATT.
LA FAILLITE DE BRETTON WOODS
Mais l’absence d’encadrement sérieux des pratiques commerciales précipita la chute du système de Breton Woods. Pour qu’elle fonctionne durablement, la logique de la parité fixe nécessitait une répartition équilibrée des réserves en dollars, chose qui n’était possible que si les balances commerciales étaient structurellement équilibrées. Mais à la différence de l’OIC, le GATT ne permettait pas un tel équilibre. Les pays en déficits étaient toujours en manque de dollars, et donc empruntaient au FMI, tandis que les pays exportateurs, comme l’Allemagne, avaient tendance à en accumuler. Entre les prêts du FMI, qui permettaient de créer des dollars là où il en manquait, et les réserves croissantes des économies exportatrices, le système était globalement inflationniste en dollars.
Pour les pays exportateurs qui disposaient d’importantes réserves, la tentation était forte de demander leur conversion en or. Dès la fin des années 60, le niveau d’accumulation de ces pays était tel qu’il condamnait le maintien de la convertibilité du dollar. Le choc viendra de la détérioration brutale de la balance commerciale américaine, au début des années 70, qui entraîna une exportation massive de la monnaie américaine et mit fin à sa convertibilité. Ce fut le retour à un système de change flottant… et la fin de Bretton Woods.
Libérés de la contrainte liée à l’obligation de convertibilité, l’économie américaine put profiter pleinement de la force institutionnelle de sa monnaie. Pendant trente ans, les Etats-Unis s’appuyèrent sur leur puissance financière pour compenser leur déficit commercial croissant par un endettement tout autant croissant. Ils trouvèrent ainsi un moyen commode de financer investissements et consommation. C’est ce système, fondé sur l’endettement massif, qui trouve aujourd’hui ses limites. La crise actuelle est la conséquence de la faillite de Bretton Woods, qui elle-même est une conséquence de l’absence de régulation sérieuse du commerce mondial. Espérons que cette leçon aura été retenue. Il sera toujours possible, lors d’un éventuel « nouveau Bretton Woods » de reprendre la charte de la Havane et de transformer l’OMC en OIC.
10 octobre 2008
L’argent dette, de Paul Grignon
Une vidéo circule de plus en plus
sur le web, ces dernier temps, « l'argent dette » de Paul
Grignon. Extrêmement pédagogique, elle explique comment l’argent est créé par
les banques, en contrepartie d’une dette, c'est-à-dire d’une promesse de remboursement. Les titres
qui circulent dans les marchés, et en particulier les titres hypothécaires,
correspondent donc à des « promesses » dont la valeur est, comme
toute promesse, intimement liée à la foi qu’on leur accorde.
L'Argent Dette de Paul Grignon (Money as Debt FR) from Bankster on Vimeo
Endettement
comparé en % du PIB en 2006

Source: Sapir 2008
La seconde partie de la vidéo (après la première demi heure), plus politique et polémiste, doit être considérée avec prudence. Deux raisonnements sont en effet incomplets. Tout d’abord, l’idée selon laquelle la dette globale augmente de façon exponentielle est fausse. Deux mécanismes viennent réduire les mécanismes de création monétaire : la faillite des emprunteurs (dont le volume n’est pas négligeable) et l’inflation (qui n’est pas évoquée à ce moment-là de la vidéo). En effet, si les taux d’intérêt sont égaux à l’inflation, alors le volume de la dette globale reste stable en valeur. Si l’on prend en compte les faillites, il faudrait alors que les taux d’intérêt bancaire soient légèrement supérieurs au taux d’inflation pour empêcher la croissance de la dette. Au total, il n’y a aucune raison pour considérer que sur le long terme la croissance monétaire est exponentielle. La période actuelle montre qu’on peut détruire massivement de la monnaie lorsque la sphère financière décroche trop de la sphère réelle.
L’autre analyse infondée concerne la relation entre croissance économique et limites écologiques. L’argument selon lequel il ne peut y avoir de croissance durable dans un monde fini est fallacieux. En effet, la croissance économique n’est pas nécessairement une croissance matérielle qui suppose un prélèvement supplémentaire de ressources naturelles. En réalité, la dimension matérielle de la croissance est faible. Les services sont nettement majoritaires dans la production d’une économie et ceux-ci ne sont pas consommateur de ressource. Par ailleurs, il ne faut jamais oublier que la croissance n’est jamais qu’une création de valeur. Or, il n’y a pas nécessairement corrélation entre la valeur d’un bien et son impact écologique ou sa consommation de ressources. Je ne suis pas sûr par exemple, qu’un écran LCD soit plus consommateur de ressources qu’un écran à tube cathodique. Les voitures d’aujourd’hui sont plus économes en ressource que celles d’il y a 30 ans. Cela ne les empêche pas d’avoir davantage de valeur. Enfin, le recyclage, est une matière de créer de la valeur supplémentaire en diminuant l’exploitation des ressources de la planète.
Au total, cette vidéo est extrêmement intéressante et pédagogique, mêmes si certains raisonnements sont incomplets dans sa deuxième partie. Pour avoir enseigné les mécanismes de création monétaires, je sais à quel point c’est difficile à faire comprendre. La première demi-heure est à ce titre un chef d’œuvre sur le plan pédagogique.
14 octobre 2007
Petite histoire d’une crise boursière
Il était une fois un ménage américain qui rêvait de devenir propriétaire… Et plein de gentils investisseurs qui étaient prêts à l’aider.
La série de déclarations publiques rassurantes qui a accompagné la crise financière de cet été ne doit pas faire illusion. Lorsqu’une crise perturbe les investisseurs au point de mettre leurs profits en péril, il est assez rare d’entendre des responsables politiques ou économiques crier à la population : « on va tous être ruiné ! planquez-vous les mecs ! ». Ne serait-ce que parce que si certaines personnes veulent vendre, il faut bien que d’autres acceptent d’acheter. Par exemple, si les dirigeants d’EADS ont pu se débarrasser de leurs actions au bon moment, c’est bien parce que d’autres ont été d’accord pour acheter leurs actions au mauvais moment. Sans un minimum de confiance dans le système, personne n’achète, le marché n’existe plus, et la valeur des titres tombe immédiatement à zéro.
Prenons un autre exemple : celui des crédits « subprime » qui ont déclenché la crise. Un prêt subprime est un prêt immobilier que certaines compagnies de crédit ont proposé aux ménages américains les plus fragiles. Aux Etat-Unis, le tiers du patrimoine total est possédé par 1% des ménages, alors que la moitié la plus pauvre n’en possède que de 2,8%. Or, dans le même temps, les statistiques montrent que 66% de la population est propriétaire de son logement. Comment cela est-il possible ? Tout simplement parce qu’une partie non négligeable des propriétaires américains (20% environ) ont un patrimoine net proche de zéro. Concrètement, ils sont propriétaires de leur maison… mais aussi d’une belle montagne de dettes, dont le montant total équivaut grosso-modo à la valeur de leurs actifs immobiliers.
C’est pour parvenir à ce petit miracle de 20% de propriétaires sans patrimoine que le système financier américain a inventé les prêts « subprime ». Aux Etats-Unis, la souplesse de la législation permet aux compagnies de crédits d’individualiser les taux d’intérêt au niveau qui leur plaît. Concrètement, plus les emprunteurs sont pauvres, plus il est risqué de leur prêter. Pour compenser ce risque, les préteurs ont donc la possibilité de proposer des taux d’intérêt très importants aux ménages les plus pauvres. Il n’est pas rare de voir ainsi des ménages (le plus souvent des minorités ethniques ou des immigrés) emprunter à des taux de 10 à 15 % par an. De tels taux, apparaissent très vite insoutenables pour ces ménages modestes. Parfois, par le simple jeu des refinancements à répétition, la dette totale de ces ménages augmente, au lieu de diminuer.
A partir de la fin des années 90, les compagnies de crédit américaines se sont lancées massivement dans le prêt subprime. La raison en est simple, le risque encouru était considéré comme très faible. Certes, le risque de défaut des ménages était important (comment en serait-il autrement avec de tels taux !) mais les compagnies avaient l’assurance qu’en cas de défaut, elles pourraient récupérer la maison mise en gage lors de l’emprunt. Or, de 1998 à 2007, les prix de l’immobilier américain ont pratiquement doublé, ce qui signifie que les compagnies de crédit américaines étaient assurées de récupérer un bien dont la valeur était généralement supérieur au montant du prêt octroyé initialement. Parfois même, l’opération de crédit n’avait pour but que la mise en faillite des ménages. La revente du logement permettait alors de multiplier les bénéfices déjà très importants réalisés sur les intérêts reçus.
Hélas, la machine à faire de l’argent sur des ménages pauvres s’est grippée dès la fin de l’année 2006, lorsque l’économie américaine a commencé à donner des signes de faiblesse et que la hausse des prix de l’immobilier a commencé à ralentir. Il faut dire que les prix avaient atteint un niveau plafond par rapport au pouvoir d’achat des salariés américains. Parallèlement, l’augmentation du chômage et la multiplication des faillites individuelles ont entraîné une augmentation record des saisies immobilières. Des logements se sont massivement retrouvés sur le marché… alors que les acheteurs commençaient à manquer. Les compagnies de crédit se sont rendues compte que la multiplication des faillites allait les laisser avec un parc immobilier gigantesque sur les bras qu’il ne serait pas simple à vendre. De leur côté, les banques et les sociétés d’investissement internationales qui avait prêté à ces sociétés de crédits se sont aperçues qu’elles risquaient de ne jamais revoir leur argent si ces sociétés faisaient faillites. Enfin, les ménages européens et asiatiques qui avaient mis leurs économies dans des fonds de placement « dynamiques » ont compris que les gestionnaires avaient massivement investi dans ce subprime, qui paraissaient si rentable !
C’est ainsi qu’une crise apparaît. Un jour, on se met à douter de la capacité des ménages américains à acheter des maisons toujours plus chères et à faire face à leurs emprunts. Alors chacun cherche à retirer ses billes. Le plus vite possible. En espérant que les pertes seront plutôt chez le voisin. Moralité ? Il n’y en a pas. Les riches seront sauvés. Les banques centrales ont prêté plusieurs centaines de milliards de dollars, cet été, pour éviter les faillites bancaires. Au risque de faire repartir l’inflation ! C’est dire comme Trichet a eu peur. Et dire que tout ça c’est encore la faute des pauvres qui empruntent sans compter !
A propos, on l'a échappé belle!
Sarkozy aimait beaucoup les subprimes
envoyé par sarkophage
14 juillet 2007
Vers la crise du capitalisme américain ?
L’économie Américaine est-elle
sur le point de s’effondrer ? A la lecture du titre de l’ouvrage de Paul
Jorion, on pourrait croire que le rêve secret de tous les gauchistes est sur le
point de se réaliser. Les 250 pages qui suivent modèrent largement le propos.
Point de prévision catastrophiste, pas d’extrapolation douteuse ni de propos
ésotérique, le bouquin s’attache surtout à l’analyse de certains faits et
préfère étudier l’histoire récente de l’économie américaine plutôt que de
spéculer sur son avenir.
Première conséquence : une
partie croissante des ménages américains sont de fait exclus du phénomène
d’enrichissement dont ont bénéficié leurs parents. Ne pouvant devenir
propriétaires, ils sont incapables d’emprunter et de consommer. Deuxième
conséquence, les achats de logements sont moins nombreux. La bulle spéculative dans
l’immobilier s’assèche par le bas. Les logements que les familles modestes
achetaient ne trouvent plus d’acquéreur, ce qui empêche les familles de
catégorie légèrement supérieur de faire une plus-value sur la vente de leur
premier logement. La demande et le prix des logements de catégorie supérieure
diminuent à leur tour. Troisième conséquence, la baisse des prix de
l’immobilier met en péril le budget des ménages qui avaient emprunté en spéculant
sur la croissance de leur patrimoine. Beaucoup de familles américaines n’ont
que leur logement comme actif. Si sa valeur chute, ils se trouvent
virtuellement en faillite. Enfin, dernière conséquence, les organismes
financiers (souvent soutenus par les pouvoirs publics) qui ont encouragés des
millions de ménages modestes à emprunter se retrouvent avec des montagnes de
dettes dont la contrepartie est un parc immobilier dévalué. Les faillites
individuelles des ménages dégénèrent alors en crise systémique qui atteint
rapidement Wall Street et les marchés financiers.
Si ce scénario de crise ne signifie pas nécessairement la fin de l’économie américaine, il pourrait néanmoins mettre à mal la version américaine du capitalisme, dont la financiarisation à l’excès et le profond inégalitarisme apparaissent comme des causes majeures de fragilité
Références:
- Paul Jorion, Vers la crise du capitalisme américain ?, La Découverte, 2007
- Dominique Plihon, Le nouveau capitalisme, La découverte, 2004