Vue de gauche

Qu'est-ce que la gauche aujourd'hui ?

11 novembre 2007

Quelques mots sur le traité de Lisbonne

Moins de trois ans après le référendum sur le traité constitutionnel européen qui s'était conclu par un large rejet du texte, le parlement français s'apprète à ratifier en catimini un texte qui en reprend pratiquement l'intégralité. Le petit clan du oui prend sa revanche en écartant le peuple de la décision, de peur qu'il fasse le "mauvais" (pour qui?) choix. Le Parti socialiste, de son côté, n'en finit plus de se renier. Après avoir réclamé un référenum, il fait tout pour l'éviter. Après avoir reconnu la légitimité du non lors de son dernier congrès, il vote majoritairement pour le oui.

Mais ce qui semble le plus grave dans ce débat, c'est la déformation mensongère qui l'entoure. De fait, le traité de Lisbonne n'est ni mini (il fait plus de 250 pages avec les protocoles) ni simplifié (il a volontairement été rédigé sous la forme d'amendements aux précédents traités, ce qui le rend pratiquement illisible). Aucune version consolidée du texte final n'est disponible pour le citoyen. Plus grave encore, les parlementaires sont tout autant démunis. Dès lors, ils adoptent une position de principe, pour ou contre l'Europe, car ils sont incapables de se positionner sur le fond du texte.

Pour avoir consacré plusieurs heures à analyser le texte du traité, je suis estomaqué d'entendre des responsables politiques de premier plan (François Hollande sur France Inter) affirmer que ce traité se borne à des modifications institutionnelles, à un "règlement intérieur", que la partie III en a été supprimée, et qu'il ne vise pas à constitutionnaliser la politique économique. Cette affirmation est tout simplement mensongère. Il suffit de prendre les articles de la partie III un par un pour se rendre compte que l'ensemble du contenu se retrouve dans le traité de Lisbonne.

J'ai voté "non" en 2005 car je refusais que l'on impose une politique économique spécifique en même temps que des réformes institutionnelles. Sur ce plan, rien n'a changé. Sauf que le sentiment de défiance vis-à-vis des responsables politiques (et des journalistes) a augmenté. J'aimerais bien qu'on nous explique en quoi la libéralisation de l'économie et la circulation des capitaux (articles 59, 60 du traité de Lisbonne), le libre-échange avec les pays tiers (articles 158-159) ou le fait que "Les États membres s'engagent à améliorer progressivement leurs capacités militaires" (article 48c3) permettra d'améliorer le fonctionnement des institutions européennes !

Posté par novemberleaf à 10:28 - Europe - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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