06 juillet 2009
La social-démocratie européenne à la dérive
Une fois encore, la social-démocratie perd les élections européennes. Cette défaite devrait être l’occasion d’une profonde remise en cause et d’un changement profond de sa doctrine. Le PSE en sera-t-il capable ?
Depuis 1994, les élections européennes se suivent… et le groupe du Parti Socialiste Européen (PSE) perd des parlementaires. Election après élection, l’influence des sociaux-démocrates s’affaiblit. Ses représentants européens ont diminué d’un tiers en 15 ans : le groupe PSE, qui représentait 35% de l’hémicycle en 1994 n’en représente aujourd’hui plus que 25%. Et encore ! Pour parvenir à ce résultat et additionner des démocrates italiens à leurs effectifs, ils viennent de changer de nom. Fini le Parti Socialiste Européen. Place à l'Alliance Progressiste des Socialistes et Démocrates (APSD). On sent que c’est un peu comme avant, mais avec encore moins d’ambition et de cohérence. Ca sent la gauche molle et pleutre sur fond d’une bien-pensance agaçante, prête à négocier quelques postes avec le PPE pour la direction des commissions du Parlement.
Pendant ce temps, la droite progresse. Malgré la défection des 26 conservateurs britanniques qui créent leur propre groupe avec les eurosceptiques tchèques et polonais, le Parti Populaire Européen maintient sa domination. Il représente 36% du Parlement, soit la même proportion qu’avant les élections de juin. Les eurosceptiques quant à eux (qui seront peut-être divisés en deux groupes) font jeu égal avec l’alliance des libéraux et des démocrates (ALDE), aux alentour de 11%. Quant au reste de la gauche, il est faible. Malgré leur succès (essentiellement dans l’ancienne Europe des 15), les verts européens ne dépassent pas les 7,5%. Quant à la gauche la plus à gauche ; elle se maintient aux alentours de 5%, en légère décrue cependant. Finalement, ces élections n’auront apporté aucune promesse de changement. Business as usual. La droite était majoritaire, elle le reste. Elle pourra tranquillement poursuivre sa politique favorable aux grandes entreprises et laisser les lois du marché achever le démantèlement des services publics et des politiques sociales.
LA GAUCHE EN TÊTE DANS NEUF PAYS
Pourtant, cette nouvelle défaite de la gauche mérite qu’on s’y attarde. Car si dans tous les pays les élections ont d’abord été le produit de rapports de force nationaux, quelques dimensions communes existent. Pour apprécier précisément les rapports de force entre la gauche et la droite et au sein de la gauche, il convient d’analyser chaque élection et de tenir compte du score des petites listes qui n’ont pas obtenu de députés. Les résultats sont en effet parfois très dépendants du mode de scrutin. Par exemple, en France, la droite obtient 33 députés, la gauche et les écologistes 31. Pourtant, le rapport de force électoral est nettement favorable à la gauche, qui l’emporte avec plus de 45% des voix contre 40,7% pour la droite et l’extrême droite. Cette situation se retrouve dans d’autres pays et, au total, les forces de gauche l’emportent électoralement dans 9 pays sur 27. Il s’agit de l’Autriche, de la Chypre, de l’Espagne, de la France, de la Grèce, de Malte, de la Slovaquie et de la Suède. La situation italienne est pour sa part originale. L’ensemble des forces de droite l’emporte, mais la coalition de droite au pouvoir est minoritaire, puisque l’Union de centre, qui siège au PPE, est aussi farouche opposante à Berlusconi. Quant à l’Autriche, on ne peut évaluer le score de la gauche sans tenir compte de la liste Martin, qui se classe troisième, devant les partis d’extrême droite. En France, certains analystes la classent chez les populistes. Mais son leader, qui a claqué la porte du parti social-démocrate autrichien il y a quelques années est un homme de gauche, proche des écologistes et critique de la mondialisation.
PSE, OÙ SONT TES VICTOIRES ?
La gauche l’emporte donc dans 9 pays sur 27. C’est une défaite honorable, mais qui cache un phénomène beaucoup plus troublant : la déroute presque généralisée des sociaux-démocrates. Ils sont bien peu les pays européens où le PSE pourrait revendiquer une victoire. Peut-on parler de victoire en Suède ? Avec moins de 25% des voix, les sociaux-démocrates, bien qu’arrivés premier, n’ont pas de quoi se réjouir. La gauche ne l’emporte que si on lui intègre le parti pirate (7,13%) dont le leader n’a cessé de répéter qu’il n’était ni de droite ni de gauche. Son représentant élu devrait cependant siéger dans le groupe des verts. La victoire des travaillistes à Malte (300 000 électeurs) sera-elle suffisante pour partir à la reconquête de l’Europe ? On se permet d’en douter. Reste la Grèce, dont le souvenir des émeutes de l’automne a sans doute pesé sur le scrutin. L’opposition de gauche obtient plus de 53% des suffrages, alors que la droite ne dépasse pas les 37% (44% avec l’apport de l’extrême droite). Le PPE perd plus de 10 points par rapport à 2004. Cette configuration avantage naturellement le Parti socialiste grec, lequel obtient 36,64% des suffrages exprimés. Une large victoire donc, renforcée par le taux de participation très honorable de 60%.
Mais c’est en Slovaquie que les sociaux-démocrates remportent sans doute la victoire la plus nette. Non seulement le PSE arrive premier, avec plus de 32% des suffrages, mais en plus le PPE, divisé en trois listes distinctes, arrive loin derrière, la meilleure de ses listes ne recueillant que 16,98% des voix. La performance est d’autant plus remarquable que les sociaux-démocrates slovaques sont au pouvoir depuis 2006. Problème : ils gouvernent avec des partis populistes et xénophobes. Un temps exclus du PSE pour cette raison, ils ont été discrètement réintégrés dans la famille socialiste l’année dernière. Satisfaction supplémentaire pour les socialistes slovaques : la coalition rouge-brun reste majoritaire dans les urnes. Ils obtiennent 46,77% des voix contre 43,89% pour la droite et les libéraux. Gageons que le PSE ne revendiquera pas trop fort cette victoire. C’est dommage. La Slovaquie est le seul pays de l’Union où des socio-démocrates au pouvoir ont gagné les élections.
DÉROUTE ULTRA-LIBÉRALE EN EUROPE DE L’EST
Les socialistes slovaques sont décidemment très à part. Ils préfèrent l’extrême droite aux ultras libéraux. C’est en effet pour combattre les mesures libérales mises en place par le précédent gouvernement de droite, et pour introduire un taux de TVA plus faible sur les produits de première nécessité que son président, Robert Fico, a justifié son choix d’alliance. Admettons. Notons cependant que partout ailleurs en Europe de l’est, les sociaux-démocrates ont adopté la stratégie radicalement inverse, accompagnant, et souvent soutenant activement les réformes les plus libérales. C’est ainsi que le PSE Bulgare défend le principe d’une « flat tax » : un impôt non progressif de 10% pour tous les contribuables. Encore mieux que le bouclier fiscal ! Cette proposition ne lui a cependant pas porté bonheur. Les sociaux-démocrates bulgares (au pouvoir) ne recueillent que 18,5% des voix et perdent 2 de leurs 6 députés. Pour l’Europe de l’est, le score du PSE bulgare est cependant tout à fait raisonnable. A part en Roumanie et en Slovaquie où le PSE dépasse les 30%, à part en République Tchèque où il se maintient à 22,4%, partout ailleurs, dans les ex pays socialistes, le PSE fait moins de 20%. La palme de la défaite revient sans conteste à la Lettonie, où le PSE disparaît du paysage politique en ne remportant que 3,8% des suffrages. Son voisin l’Estonie ne fait guère mieux avec 8,7% des voix. Quant à la Pologne, le plus peuplé des nouveaux entrants, le PSE y plafonne à 12,34%. Ajoutons que dans ce pays les forces de droite totalisent plus de 78% des suffrages, et que les deux listes PPE obtiennent ensemble la majorité absolue (51,44%).
RECUL DES BASTIONS SOCIAUX-DÉMOCRATES
Le PSE, en déroute en Europe de l’est, ne se porte guère mieux en Europe du nord, dans les bastions historiques de la social-démocratie. On peut bien moquer les 12,34% des polonais, reconnaissons toutefois qu’ils n’ont rien à envier aux 12% obtenus pas les travailliste néerlandais et qu’ils ne sont pas très éloignés des 15,7% de la social-démocratie britannique. Sans même parler de ces déroutes dont les circonstances sont souvent dépendantes du contexte national, il apparait cependant très significatif que de l’Autriche à la Suède, de l’Irlande à la Finlande, quel que soit le pays envisagé, quelque puisse être le contexte politique local, dans aucun des 10 pays d’Europe du nord, le PSE ne dépasse la barre des 25%. Cette contre-performance est tout simplement historique.
LA REVANCHE DES SOCIALISTES
Débâcle en Europe de l’est, défaite généralisée en Europe du nord. C’est donc grâce à la bonne tenue électorale de l’Europe du sud que le PSE parvient à ne pas trop dégrader son influence électorale. Il faut en effet se tourner vers les rivages méditerranéens pour voir les socialistes européens dépasser les 25%. C’est le cas en Espagne, en Grèce, à Malte et au Portugal. C’est aussi le cas en Italie, à condition qu’on accepte de ranger le parti démocrate italien dans la case PSE. Or (mais est-ce vraiment un hasard ?), la gauche d’Europe du sud n’a pas la même tradition politique que sa grande sœur d’Europe du nord. Alors qu’aux Pays-Bas, en Allemagne, en Autriche, la social-démocratie gouverne sans complexe avec la droite, acceptant les compromis nécessaires à cette alliance, les socialistes d’Europe du sud ont toujours mené une opposition frontale à la droite. On retrouve ici l’opposition classique entre sociaux-démocrates et socialistes, avec au final un net avantage stratégique pour les seconds. Ne croyons pas cependant que les socialistes soient systématiquement plus «à gauche» que les sociaux-démocrates. On serait bien en peine de trouver des différences entre le socialisme de Zapatero et celui du SPD allemand. Mais il est vrai qu’en Espagne, le Parti populaire et le Parti socialiste s’affrontent très durement et qu’une alliance entre eux relève du domaine de la science fiction.
LA GAUCHE EN QUÊTE D'ALTERNATIVES
Reste que l’un des faits nouveaux des élections de juin est que la défaite de la social-démocratie ne signifie pas forcément la défaite de la gauche. Le cas français où le PSE perd alors que la gauche domine se retrouve à Chypre et en Autriche. Au Luxembourg, aux Pays-Bas, au Danemark, en Suède, en Finlande, en Lettonie et en Estonie, les sociaux-démocrates représentent moins de la moitié des forces de gauche. En Allemagne, l’addition des verts et de Die Linke fait presque jeu égal avec le SPD. Inversement, la majorité des pays où le PSE est ultra dominant à gauche voient la droite remporter les élections. C’est le cas en Bulgarie, en Hongrie, en Lituanie, en Pologne et en Roumanie.
Etre de gauche signifie de moins en moins voter pour le PSE. Bien sûr, on peut légitimement arguer que les élections européennes sont naturellement moins favorables aux grands partis, que l’abstention défavorise la gauche et qu’il est naturel que les partis qui incarnent le changement soient plus touchés que les conservateurs par le désenchantement. La tendance est cependant suffisamment lourde pour être notée : le PSE est de plus en plus concurrencé sur sa gauche par des formations nouvelles. Qu’elles prennent la forme de listes ponctuelles comme la liste Martin en Autriche ou le Parti Pirate en Suède, qu’elles s’incarnent dans le gonflement éphémère des écologistes ou des centristes comme en France ou aux Pays-Bas par exemple, ou qu’elles s’inscrivent dans la quête d’une véritable alternative de gauche comme en Lettonie, au Portugal ou au Danemark pour ne prendre que ces trois exemples, la logique est la même : les électeurs de gauche profitent des élections européennes pour chercher une alternative au PSE.
Politiquement, on peut cependant distinguer deux logiques. La logique du «vote à message unique» qui favorise les verts et les listes exotiques semble pour l’instant dominer sur la logique de la gauche alternative, souvent incarnée par la gauche anti-libérale. On aurait néanmoins tort de sous-estimer les scores cette gauche alternative. Le fait que la gauche communiste et assimilée perd des parlementaires n'est pas forcément significatif, dans la mesure où se présentait souvent divisée. La gauche antilibérale a parfois réalisé de très bons scores. Elle dépasse les 10% en Grèce, en Irlande, en République Tchèque et en France. Elle dépasse les 20% au Portugal au Danemark et en Lettonie. Les communistes chypriotes quant à eux sont les seuls, à gauche, à réussir la performance du PSE slovaque : gagner une élection tout en étant au pouvoir. Ils atteignent 34,9% des voix dans un paysage où le total des forces de gauche dépasse les 57%. Est-ce un hasard si le seul pays européen dirigé par des communistes est aussi celui où le total des voix de gauche est le plus important ?
DES COMPROMIS À LA COMPROMISSION
Pendant les décennies d’après-guerre, la social-démocratie européenne a pu s’épanouir et se développer sur une idée simple : celle du nécessaire compromis entre le capitalisme et le bien-être social. Cette logique de compromis a apporté de grandes choses en Europe et a permis d’inventer un modèle social spécifique. Cette époque est, hélas, révolue. La crise économique est en train d’achever le corps moribond de la doctrine social-démocrate. Le PS en France, le PSE en Europe, doivent impérativement en faire leur deuil. Au bout de 15 ans, l’argument de l’accident ou celui du contexte national commencent à sérieusement s’user. Car il est un fait clair qui ne peut plus être ignoré : le 7 juin dernier, partout où la gauche s’est montrée tendre avec le libéralisme, prête aux compromis, voire aux compromissions avec le système, elle a été battue. Partout où elle a incarné une vraie force de changement, où elle a fait preuve d’un minimum de volontarisme politique, elle a gagné. Cette loi s’est vérifiée dans les 27 élections du mois dernier et ne souffre aucune exception. Pour les socialistes européens, il est plus que temps de s’en rendre compte et de changer. Maintenant.
11 novembre 2007
Quelques mots sur le traité de Lisbonne
Moins de trois ans après le référendum sur le traité constitutionnel européen qui s'était conclu par un large rejet du texte, le parlement français s'apprète à ratifier en catimini un texte qui en reprend pratiquement l'intégralité. Le petit clan du oui prend sa revanche en écartant le peuple de la décision, de peur qu'il fasse le "mauvais" (pour qui?) choix. Le Parti socialiste, de son côté, n'en finit plus de se renier. Après avoir réclamé un référenum, il fait tout pour l'éviter. Après avoir reconnu la légitimité du non lors de son dernier congrès, il vote majoritairement pour le oui.
Mais ce qui semble le plus grave dans ce débat, c'est la déformation mensongère qui l'entoure. De fait, le traité de Lisbonne n'est ni mini (il fait plus de 250 pages avec les protocoles) ni simplifié (il a volontairement été rédigé sous la forme d'amendements aux précédents traités, ce qui le rend pratiquement illisible). Aucune version consolidée du texte final n'est disponible pour le citoyen. Plus grave encore, les parlementaires sont tout autant démunis. Dès lors, ils adoptent une position de principe, pour ou contre l'Europe, car ils sont incapables de se positionner sur le fond du texte.
Pour avoir consacré plusieurs heures à analyser le texte du traité, je suis estomaqué d'entendre des responsables politiques de premier plan (François Hollande sur France Inter) affirmer que ce traité se borne à des modifications institutionnelles, à un "règlement intérieur", que la partie III en a été supprimée, et qu'il ne vise pas à constitutionnaliser la politique économique. Cette affirmation est tout simplement mensongère. Il suffit de prendre les articles de la partie III un par un pour se rendre compte que l'ensemble du contenu se retrouve dans le traité de Lisbonne.
J'ai voté "non" en 2005 car je refusais que l'on impose une politique économique spécifique en même temps que des réformes institutionnelles. Sur ce plan, rien n'a changé. Sauf que le sentiment de défiance vis-à-vis des responsables politiques (et des journalistes) a augmenté. J'aimerais bien qu'on nous explique en quoi la libéralisation de l'économie et la circulation des capitaux (articles 59, 60 du traité de Lisbonne), le libre-échange avec les pays tiers (articles 158-159) ou le fait que "Les États membres s'engagent à améliorer progressivement leurs capacités militaires" (article 48c3) permettra d'améliorer le fonctionnement des institutions européennes !
22 juin 2007
La Hollande : l’autre pays du NON
A mi-chemin entre le modèle social scandinave et la social-démocratie allemande, les Pays-Bas ont pendant longtemps incarné une culture politique apaisée, privilégiant un capitalisme social fondé sur des compromis entre la droite et la gauche. Le mode de scrutin (proportionnelle stricte) rendant difficile l’hégémonie d’un parti, les gouvernements hollandais sont toujours des gouvernements de coalition, et il est rare qu’un camp parvienne à gouverner sans l’autre (que ce soit la droite ou la gauche).
Le tournant libéral
Le modèle de compromis social se détraque progressivement dans les années 90. En 1989, le Parti du travail (social-démocrate) dirigé par Wim Kok accepte d’entrer dans une coalition de droite. Le gouvernement de l’époque engage une politique qui rompt brutalement avec le modèle social du pays, en privatisant d’un grand nombre de services publics et en détricotant l’État providence. Cette époque marque la fin de l’alliance traditionnelle entre les syndicalistes (qui combattent les réformes) et le Parti du travail, mais n’entache pas la popularité de son leader qui gagne largement les élections de 1994. Les sociaux-démocrates forment alors une coalition unique dans l’histoire des Pays-Bas avec les libéraux de gauche et de droite. Pour la première fois depuis 1918, les chrétiens-démocrates se voient exclus du gouvernement.
Bien que cette coalition soit très largement de gauche, la politique engagée ne rompt pas avec celle du précédent gouvernement. La rigueur et le démantèlement des services publics sont poursuivis, même si de nombreuses réformes sociétales sont engagées (mariage homosexuel, euthanasie…). Pendant cette période, les sociaux-démocrates conservent leur popularité et sortiront à nouveau vainqueur des élections de 1998.
La crise de la social-démocratie
Mais l’écart se creuse entre les politiques menées et l’aspiration de la population. Le vote protestataire se développe. De nombreux électeurs sont alors attirés par la droite populiste de Pim Fortuyn. L’assassinat de ce dernier à quelques jours du scrutin de 2002 fait exploser le score de ce parti atypique. En remportant 26 sièges au parlement (sur 150), il devient la deuxième force du pays. Les sociaux-démocrates sont laminés et perdent environ la moitié des 45 sièges qu’ils possédaient. Un gouvernement de droite dure se met en place avec les démocrates-chrétiens, les libéraux et la liste Pim Fortuyn. Mais ce gouvernement ne résiste pas à l’amateurisme de ses ministres populistes, ce qui entraîne de nouvelles élections en 2003. C’est une coalition de droite libérale qui arrive au pouvoir, poursuivant la politique de démantèlement de l’État social néerlandais.
Le Parti du travail, qui reste dans l’opposition, en profite pour amorcer, en 2005, sa mue idéologique. Il assume ainsi clairement son social-libéralisme et apporte un soutien sans faille au camp du « oui » lors du référendum européen (tout comme les grandes centrales syndicales, le patronat, les églises, les associations de défense des droites de l’homme, les organisations écologistes et la quasi-totalité des médias). Comme en France, la très large victoire du « non » (62%) marque une crise profonde entre les institutions représentatives et la population.
L’émergence de la gauche radicale
Cette défiance a continué de nourrir le vote de protestation. Mais cette fois-ci la droite populiste n’est plus l’outil privilégié par les électeurs. Le scrutin du 22 novembre 2006, voit en effet le triomphe du Parti Socialiste et de son leader charismatique, l’ancien ouvrier, métallo et syndicaliste, Jan Marijnissen. Un parti ex-maoïste, certes aujourd’hui rénové, mais toujours situé à la gauche de la gauche. Fort de ses 25 députés, celui-ci fait presque jeu égal avec la social-démocratie traditionnelle (32 sièges) et devient la troisième force politique du Pays (une première en Europe). Le Parti du travail choisit cependant d’entrer dans une coalition dirigée par la droite et obtient le poste de ministre des finances pour son leader Wouter Bos. Les partis d’extrême droite quant eux doivent se contenter d’un total de 11 sièges.
Aujourd’hui, le modèle de « démocratie apaisée » des Pays-Bas a du plomb dans l’aile. Les réformes libérales engagées dans les années 90, tant par la gauche que par la droite, ont conduit les électeurs à se tourner vers le vote protestataire. Si la droite populiste en a d’abord profité, c’est maintenant la gauche radicale qui a le vent en poupe… au grand dam de la social-démocratie.
Pour Parti Pris