02 mai 2002
Syndicalisme de lutte ?
L’idée de rassembler le syndicalisme « de lutte
» pour constituer une véritable alternative syndicale face au machin Unef est
tentante. Encore faudrait-il savoir sur quelle base se rassembler et pourquoi
faire. L’Unef nous l’a montré par l’absurde : ce n’est pas parce qu’on se
réunifie qu’on est plus puissant. Encore faut-il avoir un
projet.
S’affirmer comme un syndicat « de lutte » ne nous avance pas à
grand chose si l’on ne prend pas la peine de définir par ce qu’on entend par «
de lutte ». L’objet de ce message est donc de tenter d’apporter une première
pierre à ce débat et de proposer une définition de ce qu’on peut (et de ce qu’on
ne peut pas) considérer comme du « syndicalisme de lutte ».
Pour moi, un
syndicat « de lutte » est un syndicat qui s’affirme d’abord par le refus de la
compromission et de la cogestion. Il n’est pas là pour décider, pour gérer, pour
se substituer aux étudiants ou ne serait-ce que les représenter, mais pour
porter des revendications le plus fortement possible. Ce syndicalisme est
l’antithèse de l’Unef dans le sens où il refuse de s’approprier le pouvoir en
s’intégrant au système mais au contraire assume pleinement son rôle de
contre-pouvoir en refusant de gérer ou d’arbitrer à la place du
pouvoir.
Cette conception radicale du syndicalisme permet une grande
liberté dans l’action. Le syndicat n’a pas à se préoccuper du réalisme ou non de
ses propositions. Il ne cherche pas à gérer à la place du politique ni à lui
proposer des solutions toutes faites. Il se contente de poser les problèmes et
laisse les responsables y répondre par les moyens qui leur plaît. Bien entendu,
le rôle du politique n’est pas de satisfaire à toutes les revendications
catégorielles. Mais cela, le syndicalisme « de lutte » n’en a cure. Il ne
cherche pas à construire des théories politiques, des programmes électoraux ou
des idéologies sophistiquées, mais il sait gueuler quand il a
faim.
Telle n’est pas la conception que Sud a du syndicalisme de « lutte
». Pour Sud, la lutte c’est une lutte globale tournée contre le système
capitaliste, la mondialisation et l’oppression des peuples. Cette lutte est
parfaitement légitime et sans doute nécessaire. Elle permet aux citoyens que
nous sommes de se rendre compte des injustices du monde et de poser une
réflexion critique sur la société moderne.
Cependant, nul besoin d’être
étudiant pour participer à cette lutte. Tout le monde est concerné par la
politique brutale menée par Sharon ou par les effets pervers de la
mondialisation. Ainsi je crois que créer une organisation syndicale étudiante
sur cette conception de la lutte n’a pas beaucoup de sens. Car cette lutte n’est
pas syndicale ; elle dépasse largement le cadre de l’université française. C’est
une lutte politique.
Cette forme de lutte ne peut d’ailleurs pas se
passer de théories sophistiquées. Elle réclame une véritable vision, un
engagement idéologique assuré et une conception précise de l’intérêt général.
Dès lors, elle est obligée de s’engager dans le champ politique, d’arbitrer en
faveur des uns contre les autres, de donner son avis dans la gestion du monde,
de s’engager dans un rapport de force global et finalement de chercher, dans la
mesure de sa force, l’exercice de la responsabilité.
C’est pour cette
raison que je considère que le syndicalisme « de lutte » proposé par Sud est une
escroquerie. Ce n’est pas du syndicalisme c’est de la politique, c’est à dire
une forme de « cogestion radicale » visant à changer le monde plutôt qu’à
défendre les revendications étudiantes… qu’il est si facile d’oublier en ce bas
monde.
10 février 2002
Le Renouveau de la Résistance Syndicale Etudiante Unifiée
Avis à la population !
Un nouveau syndicat étudiant est crée : Le
Renouveau de la Résistance Syndicale Etudiante Unifiée.
Lors du congrès
fondateur, deux sections (Grenoble II et Paris I) étaient représentées par mon
petit frère et moi. Malgré des divergences d’approche fondamentales sur
l’histoire du syndicalisme étudiant entre 1870 et 1872 et en dépit de nos
interprétations contradictoires de la Charte de Grosville (pour savoir si
l’étudiant est un travailleur intellectuel en formation ou s’il appartient déjà
à la classe laborieuse odieusement exploitée par l’industrie néo-capitaliste
américaine), nous sommes parvenus à quelques résolutions qui sans nul doute
marqueront l’histoire des conquêtes sociales :
Article 1 : Le Renouveau
de la Résistance Syndicale Etudiante Unifiée est un syndicat anticapitaliste à
vocation universelle. Comme l’ont si bien dit Marx et Krishna, le système de
production capitaliste a une vocation cosmique qui ne s’arrêtent pas aux
frontières de notre petite planète. Il faut attaquer le Mal dans sa globalité
pour retrouver le Nirvana dans un système post-communiste enfin libéré d’une
logique de classe faite d’asservissements bourgeois ou bureaucrates. Ainsi, nous
combattrons toutes les injustices répertoriées, non seulement dans notre
galaxie, mais au-delà.
Article 2 : Pour le moment, en raison de la
faiblesse de nos moyens, nous nous consacrerons à des débats Internet largement
plus productifs pour faire avancer la Cause. Vous pouvez consulter notre site au
: www.RRSEU.org Bien entendu, toutes les contributions sont tolérées.
Contrairement aux sites des pseudo syndicats étudiants, nous ne pratiquons pas
la censure et les insultes gratuites sont vivement souhaitées. Un jury composé
de moi-même déterminera les attaques les plus odieuses et les coups les plus
bas. Vous verrez, on n’apprend pas grand chose mais qu’est-ce qu’on s’amuse
!!
Article 3 : En attendant de constituer un syndicat à l’échelle
galactique, nous nous contenterons de faire une demande de subvention de 1
million d’euros au ministère de la jeunesse et des sports et à
l’ONU.
Article 4 : il ne sera pas dit que nous ne nous occuperons pas
des problèmes concrets des étudiants. Nous créerons notre propre agence de
rencontre. Ça évitera aux étudiants de perdre un temps fou à se syndiquer alors
qu’ils y comprennent rien pour essayer de draguer dans les AG.
Article 5
: Bien que ne prenant pas parti dans les querelles ridicules des politiques que
tout le monde déteste à cause de leur incompétence à diriger le pays, nous
combattons toutes les décisions prises, dans le domaine social, international et
économique. Nous sommes évidemment contre l’euro, mais aussi contre le franc et
le louis d’or. Nous exigeons un retour immédiat à la sesterce ! Par ailleurs,
nous ne pouvons cautionner l’unification française. La révolution bourgeoise de
1789 qui a mis fin aux provinces millénaires ne poursuivait d’autre but que de
satisfaire les exigences économiques de la révolution industrielle naissance.
Comme nous sommes anticapitalistes, nous exigeons la fin, non seulement de
l’Europe de Maastricht, mais aussi de la France bourgeoise de 1789
!
Article 6 : Bien entendu nous combattrons vigoureusement toutes les
réformes universitaires passées depuis Charlemagne. Les étudiants d’il y a 30
ans ont combattu la création du DEUG, aujourd’hui, nous combattons logiquement
sa suppression. Notre mot d’ordre : Non à toute réforme. Le système actuel est
pourri, mais si par malheur le gouvernement se mettait en tête de l’améliorer,
on risquerait d’être en chômage syndical.
Article 7 : la nouvelle
situation internationale ne nous convient pas. Nous adressons un ultimatum à
Sharon, Bush et Chirac pour qu’ils démissionnent sous les 24 heures ou qu’ils
s’engagent à démanteler leurs armées qui massacrent à tour de bras. En cas de
refus, nous pourrions décider, après envoi d’un courrier recommandé (avec AR),
de la dissolution de leurs pays respectifs.
Article 8 : Le Renouveau de
Résistance Syndicale Etudiante a maintenant une nouvelle direction. Comme mon
petit frère et moi avions tous deux reçus de nos AG respectives un mandat
impératif pour accéder à la présidence, nous nous sommes élus (à l’unanimité)
présidents tous les deux. Nous animerons chacun deux commissions de réflexion,
la première, que présidera mon petit frère, consacrée au Projet et à la
Réflexions sur les 2841 Réformes qui se sont succédées depuis 1200 ans, la
seconde que je présiderai, aux relations intergalactiques.
Je pense que
ce projet enthousiasmera tous ceux d’entre vous qui rêvez d’un vrai syndicat de
lutte qui voit loin et qui s’ancre pleinement dans l’Histoire. D’ailleurs, des
gants de boxes sont offerts avec l’adhésion. Personne n’est plus
anticapitaliste, anti-réforme, anti-gouvernement, anti-monde-tel-qu’il-est que
nous. Et ce ne sont pas ces mollassons de RS-SE-SUD-FSE et autres qui viendront
nous donner des leçons !
22 novembre 2001
ECTS : Jack Lang invente le diplôme à points
Comme chaque année, nous
avons eu droit au traditionel discours de rentrée du ministre de l’éducation
nationale. A vrai dire, à quelque mois des échéances électorales, on ne
s’attendait pas à grand chose de la part d’un ministre qui avait été nommé pour
rendormir le Mammouth après les infructueuses tentatives de Claude Allègre pour
le « dégraisser ».
Malheureusement on s’était trompé. Il ne faut jamais
négliger chez un ministre l’acharnement à laisser sa trace dans l’Histoire en
instaurant la 30ème réforme du siècle.
La réforme de cette année consiste
donc à mettre en place d’un système de crédit européen remplaçant le système
actuel du passage par année : les ECTS (European Credit Transfer System en vo).
Ce système est assez simple en apparence : au lieu d’obtenir une licence après
trois années d’études réussies, il suffira à l’étudiant d’obtenir 180 points (30
par semestre) correspondants à la validation de tel ou tel examen.
A priori
on ne voit pas trop à quoi ça. En fait, s’il s’agissait d’une simple
harmonisation facilitant l’accueil des étudiants français dans les université
européennes, il n’y aurait rien à redire.
Mais l’objectif des ECTS dépasse le
cadre d’une simple harmonisation. Pour Lang, ils doivent permettre «de
favoriser la créativité, la faculté d'initiative des équipes pédagogiques qui
souhaitent concevoir de nouveaux types de parcours, en se libérant si elles le
souhaitaient des contraintes des cursus tubulaires qu'impliquent les textes de
1997».
En clair, les ECTS sont là pour garantir plus de « souplesse » dans
l’organisation des diplômes. Du point de vue de l’étudiant, cela se traduit par
le fait que ces 180 points peuvent être obtenus indépendamment du nombre
d’années passées à la fac (deux ans pour les « bons » étudiants 4 ans, voire
davantage pour les autres). Le danger c’est que plus rien ne garantira qu’il
sera possible d’accumuler les points d’une licence en trois ans.
Du point de
vue des universités, cette souplesse leur permet d’être «créatives» et
d’instaurer de nouveaux parcours universitaires, par exemple en permettant
l’accumulation panachée de points dans diverses disciplines (math et histoire
par exemple). En effet, dans le système des diplômes à points, l’étudiant peut
aller «faire ses courses» en choisissant les matières qui l’intéressent,
parfois au mépris de toute logique pédagogique. Et s’il «se trompe» parce
qu’il sort du lycée et ne connaît rien au système universitaire, on aura beau
jeu de dire que c’est de sa faute et qu’il est responsable de ses
choix...
Autre problème : que devient la compensation entre les matières ?
Dans le système actuel, les mauvaises notes compensent les bonnes et permettent
le passage dans l’année supérieure. A l’inverse, les ECTS constituent un système
binaire : tu réussis ton examen, tu as tes points, tu le rates, tu as
zéro.
Enfin, que devient le premier cycle ? Tout d’abord, le Deug disparaît,
les ECTS s’inscrivant dans une logique 3/5/8. A terme, on peut parier que
l’université ne permettra plus d’obtenir de diplôme à bac + 2 (que deviendront
alors les IUT, une formation en deux ans ?). Pire, en proposant de doubler le
nombre de licences professionelles (182 création contre 195 actuellement) Lang
consacre en fait l’instauration d’un premier cycle professionalisant.
La
fin de la politique nationale de l'éducation ?
Le véritable danger du système
des ECTS c’est qu’il affaiblit encore le rôle de l’Etat dans la politique de
l’éducation nationale.
Les ECTS ouvrent la voie à une régionalisation des
diplômes, chaque université pouvant se permettre d’expérimenter de nouveaux
parcours. Lang considère en effet qu’il faut « laisser les équipes pédagogiques
innover en fonction des besoins de leurs étudiants » et se propose de modifier
le système national des abilitations de diplômes « dans le sens de l’ouverture
».
Or, comment un diplôme créé pour statisfaire les besoins spécifiques des
étudiants d’une université sera-t-il accepté par les autres universités ? Ne
risque-t-on pas, à force « d’ouverture » de casser la logique pédagogique qui
devrait permettre l’apprentissage d’un savoir cohérent et universel ?
Du côté
de l’Europe, on commence à comprendre qu’en fait d’harmonisation, les réformes
engagées dans les diverses pays de l’Union obéissent à une logique de
privatisation et de marchandisation de l’enseignement.
Partout en Europe,
cette soi-disante « harmonisation » fait des ravages : en Allemagne, on instaure
des frais de scolarité spécifiques pour les soi-disant « étudiants à long terme
», en Autriche, les frais de scolarités ont été introduits cet été, en Hollande
le ministre de l'éducation a annoncé que les universités hollandaises allaient
être de plus en plus commercialisées, et en France...
Aujourd’hui, des
étudiants de l’Université de Dormund appellent à une grève européenne du 10 au
14 décembre. Ils cnsidèrent en effet qu’en Europe, les politiques nationales ne
sont ni uniques, ni personnalisées par rapport à la situation des pays mais
plutôt inspirées par une politique systématique de l'UE prédéterminée par des
traités déjà négociés – notamment dans le cadre de l’OMC.
27 septembre 2001
Les errements de l’enseignement économique
Au printemps 2000, quelques
étudiants en économie issus des grandes écoles françaises (Normale Sup’,
Science-Po…) ont soudain pris conscience du fait qu’après quatre ou cinq années
d’études théoriques, ils ne savaient rien sur le monde dans lequel ils vivaient.
En fait, ils savaient résoudre de complexes équations de maximisation, établir
les fonctions d’utilité de consommateurs virtuels, des modèles macroéconomiques
soigneusement calibrés, ils connaissaient sur le bout des doigts les théories
économiques du XVIIIème siècle et les travaux des économistes les plus
contemporains… mais ils ne savaient rien qui puisse leur permettre de comprendre
pourquoi le chômage avait fait sa réapparition dans les économies occidentales
depuis les années 70, ni comment les inégalités se perpétuent, ni dans quelle
mesure il serait possible d’établir des prévisions ou de résoudre une crise
économique.
Ils se sont rendu compte que leur enseignement était absurde.
Plus ils approfondissaient les bases de leur discipline, plus ils s’éloignaient
des enjeux essentiels auxquels ils étaient sensés être confrontés en tant
qu’économistes.
Le mouvement est parti d’un constat amer d’étudiants qui
avaient l’impression qu’il y avait ‘‘tromperie sur la marchandise’’ et que la
‘‘science’’ économique qu’ils étaient en train d’apprendre avait peu à voir avec
une discipline chargée de comprendre et d’expliquer le fonctionnement du monde.
Ils se sont mis alors à dénoncer un enseignement complètement déconnecté de la
réalité qui s’enferme dans des discussions stériles, car ils prenaient
conscience que loin d’apporter des réponses pertinentes aux débats politiques,
les économistes s’enferment souvent dans des discours qui cachent leurs partis
pris idéologiques sous une formalisation incompréhensible.
Au début, leur
mouvement était principalement destiné aux autres étudiants de leur école, mais
ils s’aperçurent rapidement que la situation était la même dans les universités
à Paris, en Province, à l’étranger, et que même parmi les enseignants, il en
était un bon nombre qui s’interrogeaient avec angoisse : à quoi sert notre
discipline ?
Il aura fallu que quelques étudiants isolés osent poser
ouvertement une question simple et basique pour que toute la profession
s’ébranle. Des articles paraissent dans les quotidiens nationaux, des
économistes font circuler une pétition en soutien aux étudiants, d’autres créer
une contre-pétition pour défendre ‘‘l’usage des mathématiques en économie’’… Le
ministre de l’éducation nationale commande alors un rapport et engage une
réflexion sur la manière de répondre aux revendications étudiantes.
Au bout
de quelques mois, le débat prend une tournure internationale. Olivier Blanchard,
un économiste français qui travaille au prestigieux MIT (aux Etats-Unis) publie
une tribune dans Libération pour défendre le progrès de la science économique
réalisé grâce à la formalisation. Peu à peu, la discussion s’oriente sur la
question de l’usage des mathématiques en économie. Mais tout le monde oublie la
réflexion qui était à la base du désarroi des étudiants : à quoi sert notre
discipline ? Savons-nous plus de choses sur le monde après cinq années d’études
économiques ou avons-nous perdu notre temps ?
Evidemment, tout le monde sait
que la science économique est une discipline utile, mais personne ne sait à quoi
elle sert exactement. Les hommes politiques consultent assidûment les
économistes, mais il paraît qu’ils consultent aussi les astrologues. Et ça n’a
pas empêché Jacques Chirac de dissoudre l’Assemblée à quelques semaines de la
reprise de 1997. Personne n’était donc capable de la prévoir ? L’année dernière,
Laurent Fabius, qui se vente de sa maîtrise de l’économie a révisé à quatre
reprises ses prévisions de croissance, les faisant passer de 3,3 à 2,3 %.
Peut-être ferait-il mieux de s’intéresser davantage à ce que lui disent les
étudiants : Nous n’apprenons rien qui nous permette de dire quoi que ce soit sur
la réalité.
Mais après tout, les gouvernements ont les économistes qu’ils
méritent…
20 mai 2001
Lettre à un professeur de macroéconomie de l'université Paris 1
Tout d’abord je voulais vous remercier d’avoir pris le temps de discuter avec
Yamina et moi l’autre jour.
En second lieu je voulais vous faire part de mes
sentiments sur le cours que vous nous avez proposé cette année. De manière
générale, j’ai l’impression qu’il y a eu une large incompréhension entre les
étudiants et vous. D’un côté les étudiants (notamment ceux qui ont suivit le
cursus de Paris 1) donnaient l’impression de guetter chez vous le moindre
dérapage formel ou idéologique.
De votre côté, je vous ai trouvé un peu en
porte-à-faux en essayant maladroitement de nous « épargner » toute formule
mathématique. J’ai aussi eu l’impression que vous pensiez faire cours à une
assemblée de gauchiste, et que vous avez passé beaucoup de temps à vous excuser
pour le libéralisme de Becker et à mettre en valeur (de manière assez
artificielle) le rôle régulateur de l’Etat dans les théories de la croissance
endogène.
Pour tout dire, j’ai préféré la rigueur de la présentation que vous
nous avez proposé aux midis philosophiques à Ulm.
Les réactions des étudiants
de Paris 1 après votre premier cours ont été, pour moi et pour la plupart de
ceux qui viennent de l’extérieur, un peu incompréhensibles. Nous ne pensions pas
que ce cours était excessivement formalisé. Il ne l’était d’ailleurs pas. Ce qui
a choqué, on a fini par le comprendre, c’était la peur de « subir » un cours de
modélisation formelle comme ils en avaient eu dans les années antérieures. Ce
traumatisme est propre à Paris 1, et il reflète, à mon avis, le vrai problème
auquel la réforme des maquettes doit répondre.
J’ai l’impression que la
formalisation cristallise une profonde fracture entre les étudiants qui sortent
de la maîtrise de Paris 1. Cette fracture expliquerait peut-être en partie la
logique d’affrontement que l’on retrouve au sein du conseil d’UFR. J’ai déjà
été élu en conseil et je connais de nombreux élus dans de nombreuses facs. Mais
je n’ai jamais entendu parler d’un conseil d’UFR où les possibilités de dialogue
soient si restreintes. On croirait être à l’Assemblée Nationale. Les
interventions relèvent plus de la rhétorique que d’une recherche de sens. Quant
aux décisions, elles ne sont pas prises avec le soucis de l’intérêt commun mais
dans une stratégie de rapport de force.
Cette opposition est d’autant plus
absurde qu’elle nuit aux étudiants. Ils ont l’impression d’être contraints de
choisir entre un enseignement « de gauche », (HPE, épistémologie...) et un
enseignement « de droite » (micro et macro néoclassique...) Cette séparation est
scientifiquement ridicule. Je ne commente même pas les qualificatifs
politiques.
J’ai fait une bonne partie de bon cursus à Grenoble. Là-bas, je
n’ai jamais eu de cours « séparé » de microéconomie. En fait, j’ai remarqué que
mon enseignement microéconomique s’est étalé dans une multitude de cours plus
généraux. Ce qui fait qu’en maîtrise je connaissais tous les outils de cette
discipline sans vraiment m’en rendre compte. Disons, pour poursuivre l’analogie
qui a été développée à la réunion de la semaine dernière, que j’ai appris ce
qu’était un tournevis en vissant, ce qu’était un marteau en plantant des clous
et ce qu’était une pelle en creusant. Pour la macro, les choses ont été un peu
différentes puisque j’ai eu un cours spécifique de macroéconomie dispensé par
Taouil.
J’ai appris la plupart des concepts économiques à travers l’histoire
de la pensée, le commerce international, les cours de monnaie, de politiques
économiques et les cours sur la firme. La particularité de cet enseignement ne
m’a pas empêché de faire une excellente quatrième année à Clermont-Ferrand. Et
je ne suis pas devenu allergique à la formalisation.
Ici, il n’est pas
question de défendre la maquette de Grenoble. Pour tout dire, celle de Jallais
semble un assez bon compromis entre ce qu’on fait à Grenoble et à Paris
1.
Mais peut-être pensez-vous que l’enseignement de Paris 1 n’est pas aussi
mauvais que certains voudraient bien le faire croire? Comme je ne me sens pas
qualifié pour répondre à cette question je suis allé interroger un étudiant du
DEA de macroéconomie. Il m’a demandé de vous faire parvenir ses remarques car il
considère que son opinion est un « sentiment partagé » par ses camarades. Voici
ce qu’il tient à vous faire savoir :
« N’importe quel mathématicien, n’importe quel ingénieur pourrait réussir le DEA de macroéconomie de Paris I sans avoir la moindre connaissance économique. Mais ça n’en fait pas un économiste. Pour preuve, quelques-uns de mes collègues issus de filières économétriques qui ont voulu suivre le cours de Cotis et Quinet en macroéconomie appliquée ont rapidement jeté l’éponge parce qu’ils n’y comprenaient rien. »
« Je tiens à apporter une nuance : pour le moment, et jusqu’à preuve du contraire, je pense que les portes des études doctorales et de la recherche économique ne seront ouverts par les responsables du DEA qu’à ceux pour lesquels ils reconnaîtront une compétence économique. »
« Je ne suis pas capable de juger du fond de mes études par manque de recul. Un élément m’inquiète : c’est que de façon générale mes cours suscitent peu de questionnements. Cela ne me paraît pas bon signe. J’attribue ça au caractère infalsifiable des assertions mathématiques. Certains d’entre nous auraient aimé disposer du temps nécessaire pour suivre des cours d’épistémologie. »
« J’ai le sentiment que Jean-Olivier Hairault est capable d’utiliser l’outil des RBC mais je ne suis pas convaincu qu’il en ait compris les fondements. »
« C’est bien le maximum si deux étudiants croient aux modèles RBC »
Quelques remarques plus spécifiques au DEA.
« L’élément dramatique c’est l’absence de contact avec les enseignants du DEA. Cela ne favorise pas l’échange ou l’enrichissement de nos réflexions.»
« Cahuc nous méprise et dispense trop peu d’informations concernant les opportunités de financement de thèse à la différence de Zagmé. »
Je vous prie d’excuser le style « télégraphique » de ce courrier et
vous remercie pour l’attention que vous y avez porté. Veuillez croire à mes
meilleurs sentiments.
03 décembre 2000
Ce n’était pas un congrès pour rien
Certain d’entre nous se demandaient, dimanche soir, s’ils n’avaient pas perdu leur week-end. En effet pensaient-ils, ce congrès extraordinaire était sensé déboucher sur une position claire vis-à-vis au processus de réunification en cours, et semblait, in fine, n’avoir réussi qu’à repousser le débat. A quoi bon ? Avions-nous vraiment besoin de temps ? Le débat n’avait-il pas déjà eu lieu au sein, des AGE ? Les Comités de Liaisons Paritaires n’avaient-ils pas déjà été créés ? Pourquoi demander plus de temps ? N’était-il pas temps, au contraire, de se remettre à faire du syndicalisme, d’arrêter les discussions interminables et les débats internes dont 99% des étudiants se fichent ?
Sur le coup, les militants de Paris I étaient en colère. Au niveau national, l’UNEF avait perdu un an sur cette question qui avait cristallisé les débats et cassé tout dialogue en son sein. Allions-nous continuer cette stratégie suicidaire, consacrer toute notre énergie à la création de CLP sous l’égide de l’UNEF-ID, et oublier notre travail de terrain, notre contact avec les étudiants ? Non, ce n’était pas possible de continuer dans cette voie.
Un congrès pour rien. C’était ce que pensaient beaucoup. On n’avait même pas abordé la question du renouvellement des instances nationales. Pourtant, quelques semaines auparavant, Karine n’avait pas hésité à faire une conférence de presse commune avec l’UNEF-ID, au cours de laquelle elle annonçait fièrement que la réunification allait bien se faire en décembre. Comment pouvait-elle oser dire cela avant même la tenue de notre congrès ? S’il n’y avait qu’une raison pour changer de président, c’est celle-là. Cela fait des mois que la direction nationale n’est plus en phase avec les militants. Elle consacre toute son énergie à négocier en douce une fusion organique alors que les militants sont en attente du lancement d’une véritable campagne nationale.
Alors ? Etait-ce un congrès pour rien ?
Non. Parce qu’on a eu de vrais débats. Nous qui étions au fond, on s’est fait quelques fois critiquer à la tribune pour notre soi-disant sectarisme. Même si certain d’entre nous, dimanche, étaient fatigués, nous n’avons jamais profité de la tribune pour faire des procès d’intention ou pour insulter les gens. On avait des arguments et on a exclusivement parlé de ce qu’on pensait de la réunification et du processus en cours. On n’a pas cherché à critiquer l’organisation du congrès (pourtant il y avait de quoi !) ou à se laisser entraîner dans des débats stériles ou des querelles de personnes.
A notre avis, c’est pour cette raison que les débats étaient intéressants. Et nous sommes fiers, à Paris I, d’avoir débattu sur le fond. Nos interventions étaient toutes différentes, ce qui était la preuve d’une réflexion aboutie et d’une implication individuelle et spontanée.
Au bilan, quels sont les arguments en faveur de la réunification ? Karine a commencé son discours en nous parlant d’Internet et des nouvelles technologies. C’est bien joli, mais nous ne voyons pas le rapport avec la nécessité de se réunifier avec l’UNEF-ID. Certes, le monde change, mais faut pas nous prendre pour des cons.
Réflexion faite, nous n’avons entendu qu’un seul argument véritable en faveur de la réunification. Celui sur la création d’un pôle syndical unique, pourvu d’une importante légitimité, en vue de mieux s’imposer face aux instances gouvernementales et universitaires. Si nous avions été persuadés de la justesse de cet argument et de l’utilité de la fusions des syndicats étudiants en une organisation unique, nous aurions été les premiers à l’applaudire. Or, nous avons montré, au cours des débats, tous les dangers que pouvait avoir une telle réorganisation du syndicalisme étudiant.
Tout d’abord, la logique qui sous-tend cette réunification est contraire à toutes les pratiques syndicales de l’UNEF. Nous croyons en un syndicalisme de terrain, tourné vers l’étudiant. Or cette réunification ne servirait qu’à peser sur les instances dirigeantes du milieu universitaire, sans forcément s’intéresser à la base, c’est à dire à l’immense majorité des étudiants. Etre un syndicat « puissant » c’est utile lorsqu’on veut faire de la cogestion l’axe principal de sa pratique syndicale. Mais c’est idiot si on défend une action plus modeste, mieux à l’écoute des étudiants. Par ailleurs, il faut bien reconnaître que la concurrence entre les syndicats est l’un des principaux motifs de mobilisation des troupes et qu’elle nous pousse à rester en phase avec le milieu étudiant. Les universités où il n’existe qu’un syndicat sont souvent celles où le débat et l’action militante sont les plus faibles.
L’argument directement lié à celui-ci est celui du pluralisme. Ce n’est pas une question sans intérêt dont les étudiants se fichent. Il en va de la légitimité des élections universitaires et de la démocratie étudiante. Que se passera-t-il si tous les débats qui existent entre nous sont tranchés en interne, sans aucune consultation des étudiants ? Si les forces « progressistes » fusionnent, on va réduire les élections universitaires à un débat gauche / droite avec l’UNI ou a un débat politique / a-politique avec les corpos. Les débats de fond sur des questions syndicales (par exemple l’allocation d’étude) seront évacués des élections universitaires.
Enfin, une puissante structure syndicale permet-elle un meilleur débat interne ? Une plus grande diversité des militants ? Rien n’est moins sûr. Au contraire, plus un syndicat est puissant, plus les enjeux de pouvoir, le carriérisme et les ambitions politiques de quelques personnes risquent d’en corrompre le bon fonctionnement. Cela est particulièrement vrai dans une structure où les militants sont jeunes et « se font les dents » sur le syndicalisme étudiant avant d’attaquer une « véritable » carrière politique. L’affaire de la MNEF, dans laquelle l’UNEF-ID a été mise en examen, montre les dangers qui peuvent résulter d’un syndicat qui serait utilisé par un petit groupe de personnes pour leurs ambitions propres. Par exemple, je finance tel parti grâce au syndicat, via une mutuelle étudiante, pour m’assurer une bonne carrière politique…
En somme, nous avons montré que la construction d’une organisation
syndicale unique menace le travail de terrain, le pluralisme, et accentue les
risques de dérive.
Mais revenons à présent sur la forme qu’a prit le
congrès. Il aura été extraordinaire sur bien des points. Laissons de côté la
remise des mandats. Personne ne s’est sorti grandi d’avoir attendu près de huit
heures l’ouverture des débats. Tout au plus pourrait-on faire remarquer qu’il y
aurait sans doute eu moins de suspicion de part et d’autre si ce congrès avait
été convoqué dans de meilleures conditions.
Celles-ci étaient confuses en effet. Le Bureau National avait seul
décidé de l’ordre du jour et du nombre de délégués. Deux semaines avant le début
du congrès, on ne savait pas s’il allait se faire sur deux ou sur trois jours.
Les militants d’Orsay eux-même ne savaient plus très bien ce qu’ils étaient
sensés organiser et se trouvaient souvent à la remorque des décisions du bureau…
Partout, des congrès locaux devaient être convoqués alors que personne n’avait
un ordre du jour précis du congrès.
Lorsque nous avons enfin reçu le texte de
congrès, c’est pour constater que la contribution que le Secrétariat National
lui-même nous avait demandée de rédiger était absente du courrier.
Les congrès locaux eux-mêmes eurent du mal à s’organiser. De nombreux délégués n’ont jamais été élus. A Paris 8 par exemple, le congrès a duré trois jours et il a été décidé que n’importe quel adhérent pourrait s’y rendre. Il faut dire qu’ils devaient trouver 43 délégués. Le nombre de délégués étant proportionnel au nombre d’adhérents, cela n’aurait pas dû être un problème, mais d’après les délégués de Saint-Denis eux-même, il y aurait plus de cinq cents fausses cartes à P8… Mieux encore, dans d’autres AGE le « congrès » et le vote de la délégation s’est fait… par téléphone !
Un congrès commence en général par la désignation d’un Bureau de Congrès composé d’une personne par délégation. Le bureau de congrès est l’instance dirigeante du congrès. Il est très important que sa désignation se face de manière la moins contestable possible, de façon à ce que le congrès se déroule dans les meilleures conditions. Ici, ce sont les organisateurs eux-mêmes, c’est à dire le Bureau National, qui s’est chargé de le constituer. Pour faire bonne mesure, ils ont intégré quelques personnes à leur équipe dont on ne sait sur quels critères elles ont été choisies. Ce fut d’ailleurs l’enjeu du premier vote. Un vote qui eut lieu sans aucun débat, parce que tout le monde en avait marre d’attendre et que personne n’a eu le courage de contester la procédure.
Aux yeux des militants, le bureau n’en était pas légitime pour autant.
Le lendemain, l’ordre du jour fut modifié de façon importante sur deux plans.
Tout d’abord, la question du renouvellement de la direction national a été posée
et approuvée. Une motion qui prévoyait la réunion d’une commission de
candidatures (composé des chefs de délégation) a même été votée.
Pourtant,
ces deux résolutions n’auront jamais été appliquées. Ce qui fait qu’on se trouve
actuellement avec une équipe dirigeante qui n’a pas été renouvelée alors même
que le congrès avait décidé d’en débattre et avait voté pour le principe d’une
commission de candidature… Le Bureau National actuel est d’autant moins légitime
que c’est lui-même, en tant qu’équipe dirigeante du Congrès, qui a décidé de ne
pas débattre de son propre renouvellement… Voilà ce qui arrive lorsqu’on ne
désigne pas un Bureau de Congrès dans les règles de l’art…
Enfin, nous tenons à faire remarquer que le dernier vote s’est trouvé complètement faussé en raison de la décision incompréhensible de faire passer les motions des présidents de Clermont et de Paris I en contradictoire. C’était deux motions différentes qui pouvaient très bien se compléter. La première prévoyait la transformation du congrès en assise et la création d’un comité de transparence, la seconde demandait le rejet de toute réunification organique, appelait à élire une nouvelle direction nationale, et prévoyait d’organiser un nouveau congrès.
Cela demeure, aujourd’hui, notre position. Il devient urgent, en effet, de créer les conditions pour que l’UNEF redevienne un véritable syndicat, tourné vers l’étudiant et susceptible d’être un outil efficace entre leurs mains.
L’UNEF Paris I demande donc à ce qu’un nouveau congrès ordinaire soit
convoqué, de façon à dégager une orientation générale sur la politique syndicale
de l’UNEF et à procéder à l’élection de nouvelles instances dirigeantes.
Nous
demandons aussi à ce que la commission de transparence qui a été voté soit mise
en place le plus rapidement possible et qu’elle puisse travailler dans de bonnes
conditions.
Enfin, nous invitons les militants de l’UNEF à poursuivre un travail de terrain, sans rejeter a priori une démarche unitaire, pourvue qu’elle se fasse dans l’intérêt des étudiants.
Dans le cas où un nouveau congrès n’aurait pas été convoqué avant la fin 2001, l’UNEF se trouvera sans dirigeant légitime. Ce sera alors à la justice de désigner des administrateurs provisoires. Espérons que nous n’en arriverons pas à cette extrémité…
11 novembre 2000
Discours pour le congrès de l’UNEF
Sur la forme, il avait été décidé que
le processus de réunification devait d’abord se dérouler au niveau local, de
manière décentralisée et progressive, en concertation avec la base.
Dans les
faits, le travail préparatoire n’a pas été effectué. La faute aux AGE ? Certes,
il est vrai que beaucoup d’entre elles n’ont jamais voulu jouer le jeu de la
réunification. Mais le Bureau National est en parti responsable du manque
d’information et de coordination des AGE. Je rappelle au passage l’échec des
Assises de décembre, alors même qu’à Clermont nous avions commencé à nouer des
contacts avec un bon nombre d’associations étudiantes qui étaient disposées à y
participer. Mais le Bureau National n’a jamais réussi à nous donner une garantie
sur la teneur des Assises et a semblé baisser les bras devant le refus de
l’UNEF-ID à se joindre aux assises.
La manière dont s’est faite la liste au
CNESER est révélatrice. Beaucoup d’entre nous ont été choqués, avec raison, par
la constitution de cette liste et craignent une réunification d’appareil en
contradiction flagrante avec ce qui avait été promis.
Quoi qu’il en soit, il
ne s’agit pas ici de faire le procès des AGE ou du BN, mais de constater que le
processus de réunification ne s’est pas déroulé comme il aurait dû et qu’il n’a
aucune chance d’aboutir dans les formes qui avaient été convenues.
Sur le
fond, on ne nous avait pas promis une réunification UNEF – UNEF-ID, mais une
refondation du mouvement étudiant. L’objectif, était, il me semble, de dépasser
le cadre syndical et d’associer de nombreuses organisations étudiantes.
Ceux
qui ont cru qu’il était possible de créer une organisation entièrement nouvelle,
qui impliquerait de nombreux acteurs et un nombre massif d’étudiants se rendent
compte à présent que ce que l’on nous propose ressemble de plus en plus à une
absorption pure et simple de l’UNEF par l’UNEF-ID.
Cette dérive n’était pas
écrite d’avance, mais elle résulte en parti de l’organisation déplorable autour
de laquelle s’est faite la réunification et de la sévère défaite au CROUS.
Aujourd’hui, force est de constater que l’UNEF est dos au mur et qu’elle ne
dispose pas du rapport de force qui lui permettrait de faire valoir sa vision du
syndicalisme face à l’UNEF-ID.
A cela s’ajoute l’ambiguïté de notre propre
vision sur ce qu’il serait nécessaire de construire. Les débats de fond qui ont
pu avoir lieu au niveau local n’ont jamais été reliés au niveau national. A
Clermont par exemple, nous étions plus ou moins tombés d’accord pour une forme
de confédération qui laisserait à chaque association ses particularités, ainsi
que la possibilité de mener des listes séparées.
Le pluralisme est à ce prix.
Une organisation centralisée qui aurait tendance à gagner un peu trop facilement
les élections serait la porte ouverte à d’éventuelles dérives. Par ailleurs elle
laisserait à l’UNI ou aux associations de filière le monopole de l’opposition.
Ce qui est absurde.
Pourtant, c’est bel et bien cette voie sur laquelle nous
sommes en train de nous engager.
En fait, rien de ce qui se prépare ne
ressemble à ce qui a été promis. En deux mots comme en cent: j’estime qu’on
s’est fait enculer. Et je ne vois pas comment une personne qui a un minimum de
cohérence politique et d’honnêteté intellectuelle peut soutenir le processus de
réunification qui se prépare.
Maintenant, je n’ai pas l’intention de faire le
procès de telle ou telle personne. Je ne remets pas en cause les intentions et
je veux bien croire que la gestion de l’UNEF au niveau national a été difficile.
Les équations financières insolubles, les querelles de personnes, la paranoïa de
certaines AGE et plus généralement le manque de dialogue au sein de l’UNEF ont
été des choses certainement très difficiles à gérer pour le secrétariat
national.
Il reste que le processus de réunification mène à une impasse. Même
dans le meilleur des cas, si la majorité des délégués décident de voter pour la
réunification, celle-ci ne se fera pas. Pour la bonne raison que la moitié des
AGE feront scission, et qu’en terme de réunification, on se retrouvera en faits
avec l’éclatement de l’UNEF.
01 novembre 2000
Pour un renouveau de l’UNEF
1- Constats de crise
Depuis quelques années, chaque ministre y va de sa « Grande Réforme » sensée réveiller « le mammouth » et adapter l’enseignement supérieur à la multiplication des effectifs étudiants (doublement depuis 1980). Après de nombreuses hésitations, et alors que le nombre d’étudiants s’est enfin stabilisé, des réformes se mettent en place.
Pour quel bilan ? Certes, des réformes ont lieu et leur rythme
s’accélère depuis 1997, mais elles semblent davantage déstabiliser les étudiants
que répondre à leurs attentes, davantage fragiliser l’équilibre de l’édifice
universitaire que clarifier ses objectifs. Depuis la semestrialisation imposé
par Bayrou qui bouleverse l’organisation des cours et des sessions d’examens
jusqu’à la licence-pro de Claude Allègre qui menace la logique universitaire
traditionnelle en professionnalisant son enseignement, il semble que personne ne
s’est réellement penché, parmi les étudiants et les organisations syndicales,
sur la logique et le bien-fondé de ces chambardements.
A côté de ces
multiples réformes dont il est parfois difficile de comprendre la cohérence et
la logique, les étudiants constatent que leurs conditions d’études et de vie ne
s’améliorent pas. Le système d’aide sociale reste notoirement insuffisant, et
près de 100 000 étudiants vivent en dessous du seuil de pauvreté. Le déblocage
de 7000 allocations d’études l’année dernière, attribuées sur des critères
flous, s’est fait dans la confusion. La stratégie de l’UNEF-ID, qui consistait à
faire remplir un maximum de dossiers à n’importe quel étudiant est responsable
de l’engorgement des services sociaux des CROUS et explique en partie le fait
que seule la moitié de ses allocations ont pu être effectivement allouées aux
étudiants.
La création en parallèle d’un nouvel échelon de bourse (la bourse
à taux zéro) est certes une bonne chose, mais elle ne compense pas les
insuffisances du système des bourses, dont aucun échelon ne permet réellement à
l’étudiant de vivre sans un soutient extérieur ou un travail à temps
partiel.
Si l’aide aux étudiants les moins favorisés reste insuffisante, les
services généraux du CROUS se détériorent. En moyenne, sur les dix dernières
années, le prix du ticket-U a augmenté deux fois plus vite que l’inflation et la
qualité nutritive des repas s’est dégradée. Alors que le système de restauration
était auparavant axé sur les restau-U, on constate l’émergence de cafétérias et
de sandwicheries CROUS dont les prix, calqués sur le privé, servent souvent à
financer les déficits des autres activités du CROUS. Et bien qu’en théorie le
repas des étudiants est sensé être financé par l’Etat, c’est aujourd’hui
l’étudiant qui finance les services de l’Etat en achetant des sandwichs qui ne
couvrent pas ses besoins nutritifs.
Même l’UNEF-ID, qui sent un marché
porteur, se met à proposer des sandwichs pour financer ses activités «
syndicales » (12F pour les étudiants… 10F pour les adhérents).
Face aux
réformes et aux dérives du CROUS, les syndicats étudiants n’ont pas su se faire
entendre ni proposer des alternatives crédibles. Force est de constater que
derrière la stratégie de réunification se trouve en fait une crise profonde du
syndicalisme étudiant. Il suffit pour s’en convaincre de regarder les chiffres
de participation aux élections (moins de 10%) et de considérer la proportion de
ses adhérents par rapport aux effectifs étudiants (moins de 1%). Entre un
syndicat hégémonique et racoleur qui sert avant tout de tremplin politique à ses
dirigeants locaux et nationaux, et l’UNEF, dont la direction nationale s’est
détachée à la fois des étudiants et de sa base militante, il n’est nul besoin de
chercher bien loin les raisons de la désaffection des étudiants pour leurs
syndicats.
Pourtant, ce ne sont pas les occasions qui ont manqué
à l’UNEF pour se faire entendre. Sans revenir sur les réformes et la
détérioration des services du CROUS, on a parfois l’impression que le manque de
cohérence dans la ligne syndicale de l’UNEF est directement lié au manque
d’intelligence de ses dirigeants qui n’ont pas su élaborer une vraie réflexion
sur les réformes proposées par le ministère de l’éducation nationale.
Les
dérives de l’UNEF-ID auraient elles aussi mérité une réflexion critique de la
part de l’UNEF. L’a-t-on entendu dénoncer la stratégie irresponsable de
l’UNEF-ID face aux allocations d’études proposées par le gouvernement ? Pourquoi
par ailleurs l’UNEF n’a-t-elle pas été capable de maintenir une surveillance et
un contre-pouvoir dans l’affaire de la MNEF ? Pouvait-elle ignorer les liens
organiques qui existaient entre la mutuelle étudiante, l’UNEF-ID et le Parti
Socialiste ? Rappelons qu’à l’heure actuelle l’UNEF-ID est mise en examen dans
cette affaire…
Quoi qu’il en soit pour l’UNEF, les conséquences de cette
inertie font que sa position au niveau national s’est considérablement affaiblit
et que ses résultats aux élections se sont effondrés.
2- Les dangers de la réunification
Pour répondre aux crises du syndicalisme étudiant et aux
menaces que font peser les réformes, on nous propose aujourd’hui de nous rallier
sans condition au projet de « refondation du mouvement étudiant », sensé se
tenir lors des Assises de décembre.
Ce projet paraît à la fois inutile et
dangereux. Sans compter que ce qui est en train de se mettre en place ne
ressemble absolument pas à ce qui avait été promis, ni dans la forme, ni sur le
fond.
Dans la forme, la direction de l’UNEF avait insisté sur la nécessité de
créer une réunification large, de manière décentralisée, en concertation avec
l’ensemble des acteurs du milieu étudiant. Or, on est en train d’effectuer, dans
les faits, une réunification au sommet dont l’immense majorité des étudiants
sera exclue. Par ailleurs, on n’a absolument pas écouté les propositions des AGE
qui avaient joué le jeu localement, dont certaines avaient commencé à poser une
réflexion sur le sujet et à nouer des contacts avec de associations étudiantes.
Nombre d’entre elles, qui avaient travaillé sur le terrain, proposaient une
organisation décentralisée qui prenne la forme d’une intersyndicale permanente
plutôt que celle d’une structure nationale dans laquelle l’UNEF irait se
fondre.
Sur le fond, s’il s’agissait de faire participer les
nombreux étudiants qui ne se retrouvaient pas dans les organisations syndicales,
on est loin de la coupe aux lèvres. Qui participera à ces Assises ? Une grande
majorité de syndicalistes et quelques associatifs qui gravitaient déjà plus ou
moins autour des syndicats. Cela ne renforce absolument pas la légitimité des
syndicats étudiants et ne résout en rien leur crise structurelle. En réalité, il
ne s’agit ni plus ni moins que de l’absorption des syndicats alternatifs par
l’UNEF-ID.
Par ailleurs, la réunification conduira à confisquer le débat qui
se faisait auparavant auprès des étudiants, lors des élections universitaires,
et qui aura lieu désormais au sein d’une organisation unique. Quelle garantie
avons-nous que ce débat ne sera pas noyauté par telle ou telle tendance ou
groupement d’intérêt ? Quelle garantie auront les étudiants face aux éventuelles
dérives qui pourraient subvenir, dès lors que, faute d’opposition crédible, elle
pourrait disposer à son grès des fonds pour la vie étudiante ?
En réalité,
construire un gigantesque syndicat étudiant, c’est aiguiser les appétits des
partis politiques et prendre le risque que, tiraillé entres les diverses
récupérations, il abandonne totalement ses objectifs syndicaux pour des
objectifs bien éloignés des préoccupations étudiantes.
3- Pour un véritable projet syndical.
L’UNEF n’a pas à se résoudre à cette fatalité.
La question de la réunification n’a aucun intérêt en elle-même. Ce qui compte,
c’est notre projet syndical et le meilleur moyen de le mettre en œuvre. Or il se
trouve que sur bien des points, les approches dVoilà bien longtemps que l’UNEF-ID a fait des
allocations d’études son cheval de bataille favori. Cette idée n’est pas
seulement démagogique, elle signifie la fin des aides spécifiques allouées aux
étudiants défavorisés, alors que les inégalités sociales tendent à se creuser à
mesure que le niveau d’étude augmente. L’UNEF a toujours défendu le principe des
bourses contre celui des allocations d’études avancées par l’UNEF-ID. Notre
fusion dans un syndicat unique signifierait qu’il n’y aurait plus d’organisation
syndicale pour défendre une politique volontariste contre les inégalités
sociales à l’université.
Dans la pratique, nos conceptions du
syndicalisme s’opposent elles aussi. De manière générale, nous défendons une
pratique syndicale qui associe les étudiants à nos actions, alors que l’UNEF-ID
tend à se substituer à eux. Ainsi, elle donne un rôle premier à sa participation
aux conseils et au rôle de ses élus. A l’UNEF, nous rejetons une logique qui
voudrait faire des élections universitaires le point d’orgue de toute action
syndicale. Nous croyons au contraire que c’est dans les luttes quotidiennes, aux
côtés étudiants, que nous faisons réellement du syndicalisme.
En somme, une
association avec l’UNEF-ID serait une menace pour notre activité syndicale.
Allons-nous être la caution militante d’une structure dirigée par les cadres
actuels de l’UNEF-ID ?
4- La situation actuelle de l’UNEF
En décidant
de s’associer à la réunification avec l’UNEF-ID la direction nationale de l’UNEF
renie les principes pour lesquelles nous nous battons. Progressivement, nous
constatons que cette direction s’est enfermée dans une logique incompréhensible,
qui nous paraît impossible à défendre.
Alors que de nombreuses réformes ont
été lancées par le ministère, le débat sur la réunification a pourri toute
discussion interne à l’UNEF et toute prise de position claire de sa part.
Opposée à la semestrialisation lors du congrès de Pantin, l’UNEF est aujourd’hui
en train d’accompagner les réformes qu’elle combattait naguère. De manière
générale, son projet syndical est flou et cela fait bien longtemps qu’elle n’a
plus lancé de véritable campagne nationale sur des sujets susceptibles de
mobiliser les étudiants.
Dans son fonctionnement interne, l’UNEF est en
crise. C’est peu dire que de constater que le dialogue passe mal. Les derniers
Collectifs Nationaux, boycottés par de nombreuses AGE, ont réuni moins d’une
vingtaine de participants, et les suivis nationaux, n’ayant plus aucune
crédibilité, se font refouler des Assemblées Générales qu’ils sont sensés
encadrer.
Cette déliquescence de l’UNEF au niveau nationale trouve en partie
son origine dans l’incompétence et la crispation du Secrétariat National qui ne
respecte plus les statuts et la démocratie interne de l’UNEF. La radicalisation
de l’opposition trouve son origine, non seulement dans le projet de
réunification, mais aussi dans l’élaboration en urgence, et sans la moindre
concertation, d’une liste commune avec l’UNEF-ID pour les élections au CNESER.
Par ailleurs, en faisant pression sur les présidents d’AGE pour qu’ils « gardent
la ligne », le Secrétariat National détient une part de responsabilité dans la
crise de certaines AGE qui refusent à présent de travailler avec les instances
nationales.
Aujourd’hui, tout le monde semble oublier que l’UNEF a des
statuts et des règles de fonctionnement, qui imposent par exemple un délai de
deux mois entre la convocation et la réalisation d’un congrès.
5-
Refonder l’UNEF
Pour autant, nous croyons qu’il est possible de
dépasser les logiques scissionnistes et de rebâtir l’UNEF. Ce congrès doit être
l’occasion de montrer qu’il est possible de construire une alternative crédible
à la réunification. Une alternative qui repose sur un véritable projet
syndical.
Car il ne s’agit pas simplement de garder l’UNEF pour garder
l’UNEF. Nous devons montrer que nous sommes capables de prendre des positions
claires et constructives sur les réformes mises en œuvre par les gouvernements
successifs.
Il ne s’agit pas de nous opposer à l’UNEF-ID. Sur le fond, nous
ne sommes pas opposés à travailler en collaboration avec d’autres organisations
syndicales à partir du moment où nous nous retrouvons sur des objectifs communs.
Cependant, avant de s’engager dans une telle démarche, il nous paraît essentiel
de reconstruire l’UNEF et de redonner une crédibilité à notre position
nationale.
D’ors et déjà, nous appelons les militants à rejeter la
disparition de l’UNEF, à élire une nouvelle direction nationale et à préparer,
avec nous, un prochain congrès, qui, sur des bases claires, nous permettra de
proposer une alternative aux projets de réforme de l’université et à la main
mise d’une organisation unique sur le syndicalisme étudiant.
10 juin 2000
Une enquête étudiante sur la bibliothèque de l'université Blaise Pascal
Entre janvier et mars 2000, nous avions mené avec l'UNEF (celle d'avant la réunification, pas celle d'aujourd'hui!) une enquête sous la forme d'un questionnaire auprès des étudiants de l'université Blaise Pascal qui étudiaient à la bibliothèque Gergovia. Les résultats furent particulièrement intéressants. Je ne sais pas si les problèmes ont été résolus depuis (je ne vis plus à Clermont-Ferrand), mais les résultats d'alors sont dans le document-joint.
Militants des syndicats étudiants, cette enquète peut vous servir !
Résultats de l'enquête sur la bibliothèque_de_l'universite_Blaise_Pascal
22 novembre 1999
Coordination du mouvement étudiant: discours sur les moyens et sur la fin
Quelle ironie : Tout le monde s’entend pour dire qu’il est préférable
d’avoir des actions communes plutôt que de travailler chacun dans son coin, mais
personne ne tombe d’accord sur les actions communes en question. D’ailleurs,
qu’entendons-nous exactement par « actions communes » ? C’est très joli de crier
« tous ensemble ». Mais qui « tous » ? Et « ensemble » pour quoi faire
?…
Pour répondre à cette question, il faut discuter autour de soi. Aller voir
les étudiants, les syndicalistes, les BDE, les associations culturelles.
Personne n’est contre l’unité. Mais chaque association a sa logique propre.
Parlez-leur des Assises de décembre, d’un projet d’unité, d’une structure
commune, d’un « Machin » qu’on voudrait construire, nous autres syndicalistes,
pour faire en sorte que les étudiants et les associations s’écoutent au lieu de
se combattre. Ils trouveront ça très joli, sans aucun doute. Très joli, mais
totalement irréaliste.
Mais bon. Je suis persévèrent. J’ai relu le texte de
la chanson « imagine » et je me suis mis à réfléchir de manière plus
constructive.
Qui « tous » ? Et « ensemble », pour quoi faire ? En fait, ces
deux questions sont liées. Suivant ceux qu’on rassemble, on n’aura pas le même
projet ; et suivant le projet, on n’aura pas les mêmes gens.
Parlons donc du
projet, puisque c’est lui qui rassemble ou qui divise.
Pour certains
syndicalistes, le projet doit être avant tout syndical. L’unité, c’est un moyen
pour avoir plus de force et plus de poids face aux gouvernements et aux
présidents d’université. Mais cette unité doit avoir une cohérence. Il ne s’agit
pas de rassembler pour rassembler. Il s’agit de rassembler ceux qui s’entendent
sur un projet commun. Prenons l’UNEF et l’UNEF-ID, par exemple. Il n’y a pas de
différence fondamentale entre ces deux syndicats. Ils sont d’accord sur
l’essentiel. Une université ouverte à tous, c’est à dire gratuite, sans
sélection, qui garantisse des diplômes nationaux et un enseignement public de
qualité. Ils sont allergiques à toute forme de privatisation ou de
régionalisation, et ils aident les étudiants étrangers à accomplir leurs
démarches auprès des administrations.
Ainsi, l’unité dont on parle, c’est
l’unité syndicale. C’est réunifier l’UNEF, l’UNEF-ID, et toute organisation qui
serait d’accord avec l’ensemble des propositions fondamentales définies plus
haut. C’est construire un syndicat unique. Une organisation structurée et
puissante capable de peser dans les choix gouvernementaux.
Autant l’avouer
dès maintenant, je m’inscris en faux vis à vis de ce projet. Je ne l’aime pas.
Pas du tout. Je le trouve dangereux, et je pense qu’il va à l’encontre des
intérêts des étudiants. Je vais essayer de dire pourquoi.
Tout d’abord, en
fait d’unité, cette structure n’a la possibilité de rassembler que des adhérants
déjà mobilisés par des syndicats étudiants actuels. C’est à dire un pourcentage
infime de l’ensemble des étudiants. Evidemment, d’un point de vue politique,
c’est pratique pour gagner les élections universitaires. Car là où il y avait
deux, voire trois listes syndicales en concurrence, il n’y en aura plus qu’une.
Mais d’un point de vue syndical, que gagne-t-on ?
La force d’un syndicat, ce
n’est pas tant son score électoral et sa représentation aux conseils que le
nombre de ses militants et sa capacité à mener des actions sur le terrain. Je ne
remets pas en cause l’intérêt des conseils. Seulement ce n’est pas à partir un
conseil d’administration que l’on se fait le mieux entendre des
étudiants.
Or, la fusion des syndicats étudiants risque, à terme, de se
traduire par une baisse du nombre d’actions menées. Je n’ai pas d’études
statistiques, mais je crois que deux syndicats de cinquante personnes sont plus
efficaces qu’un seul syndicat de 100. N’oublions pas que dans certaines villes,
la concurrence entre l’UNEF et l’UNEF-ID par exemple, permet souvent de «motiver» les troupes.
Il n’y a pas de mal à être en concurrence lorsqu’on se
bat honnêtement et dans le respect de l’autre. Parfois même la rivalité peut
empêcher les dérives. Chaque syndicat est le contre pouvoir de l’autre. Ce n’est
pas parce qu’on a de bonnes idées en théorie que l’on ne peut pas commettre des
erreurs dans la pratique. Les syndicats sont là pour pointer du doigt les
erreurs de l’administration, des universités, du gouvernement. Mais qui pointera
les erreurs du syndicat s’il n’y en a qu’un ?
En y réfléchissant, je pense
qu’un syndicat unique qui aurait tendance à gagner un peu trop facilement les
élections universitaires et à disposer comme il l’entend des fonds du FAVE ; un
syndicat qui pourrait imposer l’un des siens comme vice-président étudiant,
aurait vite fait de perdre ses idéaux démocratiques. Je ne sais pas pourquoi,
mais chaque fois que j’entends parler de syndicat unique, je pense « parti
unique »…
Même avec les meilleures intentions du monde, l’hégémonie est
toujours une mauvaise chose. Voilà pourquoi je pense que l’unité syndicale
n’est pas le meilleur service que l’on puisse rendre aux étudiants.
Il
doit bien en avoir un autre. Si on évacue le projet d’unité syndicale, que
reste-t-il ? L’unité de tous. Pourquoi écarter à priori les BDE et les
associations culturelles ? Il n’y a pas que les syndicats qui participent de la
vie universitaire. Chacun le fait à sa manière. Certes, diront les
syndicalistes, la leur n’est pas la nôtre. Ces gens là n’ont pas les mêmes
objectifs que nous et il est absurde de vouloir marier la carpe et le
lapin.
Les BDE et les différentes associations étudiantes ne diront pas le
contraire. Que gagnent-ils à s’associer aux syndicats ? Parfois, il semble
qu’ils n’aient qu’une crainte : se faire récupérer politiquement et perdre leur
sacro-sainte identité.
Et bien laissons à chacun son identité, ses
particularités, ses petites motivations et sa petite musique dans son petit
coin, et voyons ce que l’on peut faire avec ça. Rassembler le mouvement étudiant
ne passe pas forcément par une méga-fusion de toutes les parties. Il y a un
moyen plus simple de faire se retrouver les gens. Il suffit de les amener autour
d’une table et de discuter.
Pas besoin d’être d’accord pour discuter. Au
contraire. Plus il y aura d’associations présentes et plus la discussion sera
riche. Chacun peut en tirer quelque chose de positif. Les syndicats tout
d’abord, car ils auront là une occasion unique de se faire entendre et
d’entendre les étudiants. Ils pourront à cette occasion travailler en commun, et
peut-être trouver d’autres personnes pour s’associer à leurs actions. Les
associations, ensuite. Quel que soit leur projet, elles auront la possibilité
d’en discuter avec d’autres, et peut-être de créer une sorte de synergie avec
celles qui ont un projet proche. De même, si elles connaissent des difficultés,
elles trouveront plus aisément un soutient.
Tout cela ne coûte pas bien cher
et n’est pas bien difficile à réaliser. Il suffit d’ouvrir le Journal Officiel
et d’envoyer une invitation au président de chaque association étudiante qui s’y
trouve.
C’est vrai. C’est peut-être moins spectaculaire qu’une méga-fusion
totale. Mais c’est certainement plus efficace.