28 avril 2004
Pour une écologie progressiste
En créant sa charte de l’environnement,
Chirac veut redorer son image d’écologiste sérieusement écornée par la politique
menée depuis deux ans. Mais son texte repose sur des principes mal définis qui
ne répondent pas aux questions fondamentales de l’écologie.
Ce n’est pas
nouveau : avec sa charte de l’environnement, Chirac fait sans doute davantage
œuvre de communication politique que de convictions profondes. Son gouvernement,
qui limite les investissements dans le ferroutage (voir le projet fret de la
SNCF) et privatise les autoroutes à tour de bras, qui a annulé les lois de
protection des paysages naturels, qui a supprimé les aides d’Etat aux carburants
verts, qui a réduit d’un quart le budget de l’agence pour le développement des
énergies renouvelables et qui se soumet platement aux lobbys en tous genres
n’affiche pas un bilan très glorieux. Pour autant, cette charte ne peut se
résumer à un simple outil de communication. En s’intégrant à la Constitution
elle pourrait avoir un impact profond sur nos institutions. Or, elle n’est
claire ni dans ses principes ni dans ses objectifs. Elle montre cependant assez
bien la nature des débats et les contradictions qui traversent les doctrines
écologiques.
Le principe même d’une charte adossée à la Constitution, au
même titre que la déclaration des droits de l’homme est dérangeant. Pourquoi ne
pas avoir directement intégré le droit à l’environnement dans les Droits de
l’homme ? Certes, le premier article de la Charte dispose que « chacun a droit
de vivre dans un environnement équilibré et favorable à sa santé » (on aurait
préféré « son bien-être »), mais dès le second article, il est précisé que «
toute personne a le devoir de prendre part à la préservation et à l’amélioration
de l’environnement », comme si la sauvegarde de l’environnement était un but en
soi, comme si la « non-assistance à environnement en danger » devait être
considérée au même titre que la « non assistance à personne en danger ». Or, en
même temps que les personnes acquièrent un devoir de préservation,
l’environnement acquiert un « droit » à être préservé. Mais l’environnement
n’est pas un être humain. Comment lui accorder un « droit » ?
Ce second
article révèle une profonde ambiguïté sur les objectifs de la Charte . Peut-on à
la foi « préserver » et « améliorer » l’environnement ? Que considère-t-on comme
une « amélioration » ? Pour une partie des écologistes, l’amélioration est
toujours perçue comme un retour à un mythique état initial (comme si la nature
n’évoluait pas sans cesse depuis des milliards d’années). Or, on peut très bien
concevoir une « amélioration » à l’aune de nos préférences. Assécher des marais,
abattre des forêts, créer des lacs artificiels en construisant des barrages font
parti des « améliorations » les plus courantes que les hommes ont imposé à la
nature. Mais pourrait-on considérer comme une « amélioration » le fait de raser
Paris et de reconstituer la forêt qui, il y a 2000 ans, recouvrait l’Ile de
France ?
Cela nous renvoie aux fondements mêmes de la démarche
écologique. Cherche-t-elle à instituer un droit à l’environnement ou un droit de
l’environnement ? Dans le premier cas le principe est de garantir, pour l’homme,
une vie dans un environnement sain, dépourvu de nuisances pouvant compromettre
son développement, sa santé, et celle des générations futures. Il s’agit d’une
lecture humaniste et progressiste de l’écologie. L’humanité n’est pas perçue
comme une entité prédatrice ; elle ne s’oppose pas à la nature, elle en est
issue et peut en tirer des bienfaits pour son développement. A l’inverse, si le
principe écologique est promouvoir un droit de l’environnement, on considère la
nature comme une entité qu’il faudrait protéger pour elle-même, indépendamment
des besoins humains. Cette idée repose sur une opposition fondamentale entre les
hommes et la nature. L’humanité, le progrès, les sociétés modernes, seraient
nuisibles à un équilibre environnemental qu’il faudrait préserver à tout prix.
Tel est le véritable enjeu du débat. Doit-on considérer, comme Mme
Kosciusko-Morizet, député UMP rapporteuse de la Charte devant le Parlement,
qu’il faut « découvrir une voie qui ne cherche plus à transformer le monde, mais
à l'épargner » ou peut-on se donner le droit d’y insuffler du progrès, des
améliorations ?
Pour nous, l’écologie doit intégrer l’homme comme un
acteur essentiel et bienveillant des transformations de la nature. Grâce à notre
organisation sociale, notre intelligence, nous avons la capacité de modifier
l’environnement dans un sens qui nous soit favorable (éliminer des maladies,
rendre possible la culture de nouvelles terres…) ou défavorable (pollution des
cours d’eau, destruction d’espèces, désertification…). Toute la question est
donc de savoir comment poursuivre ces améliorations tout en limitant au maximum
les modifications de la nature nuisibles au bien-être. De fait, l’écologie doit
incorporer la notion de progrès et non se limiter à une vision pessimiste et
conservatrice qui verrait une contradiction entre le développement de l’homme et
celui de la nature.
Pour Parti Pris