Vue de gauche

Qu'est-ce que la gauche aujourd'hui ?

04 avril 2006

Développer le téléchargement légal

1- État de la situation actuelle
La situation actuelle est très insatisfaisante, tant pour les créateurs que pour les consommateurs de produits culturels.
- Avec l’explosion de l’accès à Internet haut débit, le téléchargement illégal concerne actuellement de 3 à 6 millions de personnes en France. La France est l’un des pays le plus touché au monde par le téléchargement illégal. Les secteurs concernés sont : la musique, le cinéma, les logiciels. De facto, le téléchargement illégal crée un manque à gagner considérable puisqu’il est évident que la majeure partie de ces téléchargements ne se traduira pas par des achats.
- Pour les Internautes qui téléchargent, la situation est plus ambiguë. D’un côté, ils ont conscience de l’illégalité de leurs actes et des menaces judiciaires qui pèsent sur eux. D’un autre côté, ils ont aussi conscience que « la masse » les protège et qu’il est impossible de condamner plusieurs millions d’Internautes.

2- Les atouts du téléchargement
emule_teLes logiciels de partage en « pair à pair » sont d’une redoutable efficacité, à la fois accessibles, bien connus, et très simples à utiliser. L’offre culturelle de ces logiciels est gigantesque et ne se limite pas aux produits de la culture de masse. Il suffit qu’une personne, sur le réseau, possède un fichier, pour que celui-ci soit disponible à l’ensemble des autres utilisateurs, partout dans le monde. En matière de cinéma, on peut évaluer à plusieurs dizaines de milliers le nombre de films accessibles au téléchargement, et cela dans de nombreuses langues et dans de nombreuses versions. Cela va des films les plus anciens aux films récents, en passant par les séries télé. L’offre augmente chaque jour et la qualité des fichiers s’améliore sans cesse (souvent niveau DVD).
C’est cette exceptionnelle performance qui constitue la véritable menace pour le réseau de distribution classique des produits culturels. En effet, aucune entreprise n’est en mesure de posséder un tel catalogue. La dématérialisation et la numérisation des produits fait tomber leur coût de diffusion à zéro, ce qui, d’une certaine façon rend presque inutile l’existence de ces diffuseurs (Fnac, Amazon, etc…)
D’un point de vue économique, cet effondrement des coûts de diffusion est une bonne chose. C’est le résultat d’un progrès technologique considérable et par ailleurs irréversible. Il est normal que le système en soit déstabilisé, mais c’est au système culturel de s’adapter à la technologie et non l’inverse. L’État doit intégrer ce progrès et favoriser sa diffusion plutôt que chercher à le freiner pour maintenir des équilibres devenus artificiels.

3- La licence globale : une solution possible sous certaines conditions
La licence globale peut s’avérer une solution séduisante pour permettre de satisfaire les contraintes financières de la création, tout en faisant bénéficier les consommateurs du progrès technique.
Cette licence doit cependant satisfaire trois conditions :

1- Elle doit être suffisante : Son montant ne peut pas simplement être déterminé par le prix que les internautes sont prêts à payer, à savoir 5 à 7 euros par mois selon les enquêtes. Ce prix doit pouvoir être négocié et pourrait bien se situer dans une fourchette de 20 à 30 euros par mois, ce qui pourrait presque doubler le montant d’une connexion haut débit. Ce prix doit cependant pouvoir être modulé en fonction du débit choisi par l’Internaute. Par exemple, un débit de 512 kb, qui permet de « surfer » sur le Web et de consulter ses emails, mais qui est encore insuffisant pour télécharger dans de bonnes conditions, devrait pouvoir être au moins partiellement exempté du paiement de la licence.emule_smoke

2- Elle doit être proportionnelle : La licence globale doit être répartie en fonction du nombre de fichiers effectivement téléchargés et non en fonction du nombre de ventes. Cette solution est techniquement possible. Elle est souhaitable pour 2 raisons : tout d’abord parce que l’achat d’un DVD et le téléchargement d’un film répondent à deux logiques très différentes. Il serait injuste de répartir la manne de la licence auprès des producteurs qui bénéficient déjà de bons réseaux de distribution alors que le téléchargement est un moyen, justement, de contourner ces réseaux. Ensuite, seule la rémunération proportionnelle peut inciter les producteurs à s’investir réellement dans la logique du téléchargement. On peut penser que, à l’avenir, une bonne partie des recettes des produits culturels soit dépendante d’Internet et de cette licence. On peut donc assez facilement imaginer que la « sortie » sur Internet d’un film ou d’un disque soit accompagnée de publicité et soit ainsi complètement réintégrée dans le circuit commercial.

3- Elle doit être obligatoire : A partir du moment où le montant de la licence est proportionnel au débit de la connexion, cette obligation est logique et juste. Elle est juste car elle applique le principe de solidarité à la diffusion de la culture. La redevance télé est obligatoire, même pour un téléspectateur qui ne regarderait que des chaînes de télévision privées. La sécurité sociale est obligatoire, même pour ceux qui ne sont pas malades. La taxe sur les tickets de cinéma qui finance le cinéma français concerne tous les spectateurs, y compris ceux qui ne regardent que des films américains. Bref, l’idée selon laquelle la licence doit concerner tous les internautes qui bénéficient d’une connexion haut débit, y compris ceux qui choisissent de ne pas télécharger, n’est ni choquante ni injuste.

4- Internet comme service public
La question de l’accès à Internet est un vaste débat qui réclame une véritable politique publique. La communication, la culture, sont des services publics. Internet a aussi un rôle de service public qui ne doit pas être uniquement régulé par le marché et la concurrence. L’accès à Internet ne doit pas être réservé aux populations urbaines et jeunes. Il faut au contraire que l’on puisse garantir à chaque Français l’accès à une connexion de bonne qualité. Il faut aussi développer un minimum de formation, notamment en direction des personnes âgées. Enfin, la sécurité sur le Web (virus, spams) ne doit pas non plus être laissée aux entreprises ou au bénévolat de quelques programmeurs. L’État devrait pouvoir consacrer un minimum de ressources à ces questions, surtout s’il veut développer une politique ambitieuse des contenus.

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16 octobre 2004

Les films de George A. Romero

Alors que les films de morts-vivant connaissent à nouveau le succès en salle, notamment grâce aux deux Resident Evil, il convient de rappeler tout ce que ce genre cinématographique doit à George Romero.

Loin de faire des zombies de simples artefacts horrifiques, Romero a fait des films porteurs de message qui restent une actualité profonde. Tournant en 1968 (avec très peu de moyens et en noir et blanc) son premier film : La nuit des morts-vivants, Romero prend dès l’origine le parti d’une approche hyper rationnelle du film d’horreur. Il n’y a ni super héros ni super méchants dans ses films. Une fois accepté le postulat fantastique, le scénario se concentre d’une manière presque documentaire sur les actions et réactions des hommes qui passent souvent davantage de temps à se battre entre eux qu’à lutter ensemble contre la menace commune. La montée de l’angoisse (ou de la satire) vient de l’invasion progressive et inéluctable de morts-vivants décérébrés, facilitée par la bêtise et l’incapacité de la société humaine à s’en débarrasser.

Car ce qui intéresse le cinéaste ne sont pas les morts-vivants, pathétiques caricatures d’hommes, maladroits et affamés, mais bel et bien ceux qui tentent de leur faire face. De ce point de vue, les zombies sont les reflets de nos propres défauts, des hommes déshumanisés, repliés sur leurs instincts primaires (manger) qui n’ont plus que de vagues réflexes de leurs vies antérieurs. « Eux, c’est nous », explique ainsi un personnage de Zombie (1978) en voyant les morts-vivants déambuler dans les rayons bien garnis d’un supermarché. « Cet endroit tenait une place importante dans leur vie » explique-t-il. Comme si, même après avoir perdu sentiments et pensées, les zombies avaient gardé l’instinct du consommateur et continuaient de trouver un attrait aux marchandises inutiles de la société de consommation.

bruiserLa critique d’une société mercantile et inhumaine, broyant les faibles et les fragiles, est au cœur du message de Romero. De ce point de vue son dernier film Bruiser (2000) est parfaitement fidèle à l’univers du cinéaste. Ici, la satire virulente cède la place à la mélancolie. Le message est plus nihiliste que jamais, le constat est plus désespéré. Dans l’univers artificiel d’un magazine de mode, un jeune cadre trompé par sa femme, exploité par son patron et arnaqué par son meilleur ami se réveille avec un masque blanc à la place du visage. Ayant toujours été invisible pour les autres, il finit par perdre ses dernières traces d’humanité, son identité et ses scrupules. Paradoxalement, le masque le rendra plus fort, plus méchant et l’amènera au meurtre, comme si le mépris distillé par une société obnubilée par le profit et la jouissance finissait par produire son propre contrepoison et rendait inéluctable la révolte des « loser ».

Après le remake de Zombie sorti en juin dernier (L’armée des morts) on attend avec impatience ses prochains films The Land of the Death, 4ème volet de la série des morts vivants, et Diamond Dead (une association entre la musique rock et l’horreur). Date de sortie prévue : entre 2005 et 2006. Dans l’intervalle, on pourra se consoler avec les films déjà sortis, dont la plupart sont disponibles en DVD.

Pour Parti Pris

Posté par novemberleaf à 13:03 - Culture & Internet - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

12 juin 2004

Les services publics passent aussi par Internet

Le développement considérable de l’internet haut débit en France (4,5 millions d’abonnés ce printemps, un rythme de croissance de 100% par an) est en train de bouleverser un grand nombre d’industries et de comportements. Avec l’ADSL, Internet ne se limite plus aux courriers électroniques, et à la consultation épisodique de sites ; il se transforme en un outil beaucoup plus général qui permet à la fois de téléphoner, de recevoir une centaine de chaînes de télévision, et de télécharger gratuitement des milliers de fichiers audios, vidéos ou autre.
 
Les conséquences, à terme, de cette transformation sont considérables d’un point de vue économique et sociétal. Elle touche en effet un grand nombre de secteurs du service public : la téléphonie, l’audiovisuel, l’information, la politique culturelle, la poste. Or, internet n’est pas encadré comme l’est un service public. Il ne garantit pas à l’internaute une sécurité minimale, il ne se développe pas également sur tout le territoire et dans toutes les couches de la population, et il constitue une menace pour le développement d’une politique culturelle autonome. Pourtant il suffirait de peu pour créer une régulation efficace de cet outil, compatible avec les principes du service public.
 
Commençons par la sécurité. A l’heure actuelle, les utilisateurs d’internet sont pollués par des virus et des stratégies commerciales agressives qui s’apparentent à de la délinquance. Certains internautes reçoivent chaque jour plusieurs centaines de messages non sollicités sur leur messagerie (on les appelle des spams), qui leurs proposent des crédits immobiliers, des pilules pour l’impuissance masculine ou des sites pornographiques. Bien entendu, il existe des logiciels anti-spam et anti-virus, mais ceux-ci sont développés par des sociétés privées qui font parfois payer très cher le prix de leur protection. Résultat : une minorité seulement d’internautes est efficacement protégée, ce qui permet aux virus et aux spams de proliférer et engendre des coûts considérables à la collectivité. Or, il ne serait pas très difficile ni très coûteux de faire développer par l’Etat des logiciels de protection, et de les mettre gratuitement à disposition des particuliers et des entreprises. Cela serait non seulement bénéfique à l’usager, mais aussi économiquement très profitable en limitant les gaspillages en borne passante des spams et les destructions de fichiers occasionnés par certains virus.
 
Un autre problème concernant est celui de l’égalité de l’usager. Selon que l’on vit à Paris ou en Haute Loire, les offres proposées par les fournisseurs d’accès ne sont pas identiques. Certaines régions rurales sont privées du haut débit car il n’est pas rentable, pour un opérateur privé, d’installer des kilomètres de lignes à fibre optique pour atteindre des villages qui comportent à peine quelques dizaines d’habitations. Internet accentue aussi les inégalités sociales ou générationnelles. Les chômeurs auraient sans doute bien besoin de consulter le site de l’ANPE ou de pouvoir téléphoner gratuitement, mais ils n’ont pas toujours les moyens d’avoir un ordinateur et surtout pas toujours les connaissances pour l’utiliser. Là encore tout le monde devrait pouvoir bénéficier gratuitement d’une initiation à l’informatique et l’Etat devrait faire en sorte que chacun puisse bénéficier d’une offre identique sur le territoire national.
 
Mais sans doute le principal défi posé par le développement du haut débit concerne le piratage. On a beaucoup parlé du téléchargement musical. Or aujourd’hui, c’est le piratage de logiciels et de films qui se développe le plus. Le réseau eMule, le plus populaire chez les internautes, comprend des milliers de films en langue française. Et il ne s’agit pas simplement des dernières productions hollywoodiennes à la mode ; on trouve aussi des films rares, introuvables à la location. Ainsi, on  peu télécharger l’œuvre complète de Sergio Leone, y compris ses premiers Péplums (Les derniers jours de Pompeï, le colosse de Rhode…), mais aussi les films de Truffaut, de Rohmer ou de Renoir ; le cinéma « bis » asiatique (Bruce Lee…) est également très bien représenté, ainsi que le cinéma d’épouvante (Argento, Romero, les premiers films de Sam Raimi et de Cronenberg…).
 
Quelles limites imposer à ces pratiques ? Est-il possible de les  réglementer ? Avec le développement de la télévision sur internet, le nombre de sources et les occasions de piratages vont considérablement augmenter. Dès qu’un film passera sur une chaîne, il sera automatiquement capturé et ajouté au catalogue du réseau. Quel avenir dès lors, pour les vidéoclubs ? Pour la vente de DVD ou de disques ? Pour les chaînes de cinéma à péage ? Tout cela engendrera certainement de profondes mutations dans la manière de vendre des produits audiovisuels et de rémunérer les auteurs.
 
Dans ce domaine aussi, l’Etat doit jouer son rôle. Il ne pourra pas empêcher le téléchargement libre et gratuit des internautes. Mais faut-il l’empêcher ? Internet n’est-il pas le moyen le plus commode de mettre à disposition du grand public une partie de notre patrimoine culturel ? N’est-ce pas une richesse que de pouvoir revoir librement l’œuvre de Charlie Chaplin ou de télécharger gratuitement les symphonies de Mahler ?
 
Bref, si l’Etat ne peut empêcher la consommation libre de biens culturels, il peut parfaitement trouver un système de rémunération pour les auteurs de ces produits en imposant une taxe à la connexion qui serait fonction du débit utilisé, et en mettant en place un logiciel susceptible de compter le nombre de téléchargements. Ainsi, producteurs et artistes seraient intéressés au téléchargement de leurs produits et les internautes pourraient pleinement bénéficier des avantages du haut débit.
 
Internet ne se résume pas à une communauté d’individus libres et indépendants les uns des autres. Au contraire il met en œuvre de profonds mécanismes collectifs qui doivent être gérées collectivement. C’est ce qu’on attend de l’Etat et de l’émergence, sur internet, des principes du « service public ».

Posté par novemberleaf à 10:06 - Culture & Internet - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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