14 octobre 2007
Petite histoire d’une crise boursière
Il était une fois un ménage américain qui rêvait de devenir propriétaire… Et plein de gentils investisseurs qui étaient prêts à l’aider.
La série de déclarations publiques rassurantes qui a accompagné la crise financière de cet été ne doit pas faire illusion. Lorsqu’une crise perturbe les investisseurs au point de mettre leurs profits en péril, il est assez rare d’entendre des responsables politiques ou économiques crier à la population : « on va tous être ruiné ! planquez-vous les mecs ! ». Ne serait-ce que parce que si certaines personnes veulent vendre, il faut bien que d’autres acceptent d’acheter. Par exemple, si les dirigeants d’EADS ont pu se débarrasser de leurs actions au bon moment, c’est bien parce que d’autres ont été d’accord pour acheter leurs actions au mauvais moment. Sans un minimum de confiance dans le système, personne n’achète, le marché n’existe plus, et la valeur des titres tombe immédiatement à zéro.
Prenons un autre exemple : celui des crédits « subprime » qui ont déclenché la crise. Un prêt subprime est un prêt immobilier que certaines compagnies de crédit ont proposé aux ménages américains les plus fragiles. Aux Etat-Unis, le tiers du patrimoine total est possédé par 1% des ménages, alors que la moitié la plus pauvre n’en possède que de 2,8%. Or, dans le même temps, les statistiques montrent que 66% de la population est propriétaire de son logement. Comment cela est-il possible ? Tout simplement parce qu’une partie non négligeable des propriétaires américains (20% environ) ont un patrimoine net proche de zéro. Concrètement, ils sont propriétaires de leur maison… mais aussi d’une belle montagne de dettes, dont le montant total équivaut grosso-modo à la valeur de leurs actifs immobiliers.
C’est pour parvenir à ce petit miracle de 20% de propriétaires sans patrimoine que le système financier américain a inventé les prêts « subprime ». Aux Etats-Unis, la souplesse de la législation permet aux compagnies de crédits d’individualiser les taux d’intérêt au niveau qui leur plaît. Concrètement, plus les emprunteurs sont pauvres, plus il est risqué de leur prêter. Pour compenser ce risque, les préteurs ont donc la possibilité de proposer des taux d’intérêt très importants aux ménages les plus pauvres. Il n’est pas rare de voir ainsi des ménages (le plus souvent des minorités ethniques ou des immigrés) emprunter à des taux de 10 à 15 % par an. De tels taux, apparaissent très vite insoutenables pour ces ménages modestes. Parfois, par le simple jeu des refinancements à répétition, la dette totale de ces ménages augmente, au lieu de diminuer.
A partir de la fin des années 90, les compagnies de crédit américaines se sont lancées massivement dans le prêt subprime. La raison en est simple, le risque encouru était considéré comme très faible. Certes, le risque de défaut des ménages était important (comment en serait-il autrement avec de tels taux !) mais les compagnies avaient l’assurance qu’en cas de défaut, elles pourraient récupérer la maison mise en gage lors de l’emprunt. Or, de 1998 à 2007, les prix de l’immobilier américain ont pratiquement doublé, ce qui signifie que les compagnies de crédit américaines étaient assurées de récupérer un bien dont la valeur était généralement supérieur au montant du prêt octroyé initialement. Parfois même, l’opération de crédit n’avait pour but que la mise en faillite des ménages. La revente du logement permettait alors de multiplier les bénéfices déjà très importants réalisés sur les intérêts reçus.
Hélas, la machine à faire de l’argent sur des ménages pauvres s’est grippée dès la fin de l’année 2006, lorsque l’économie américaine a commencé à donner des signes de faiblesse et que la hausse des prix de l’immobilier a commencé à ralentir. Il faut dire que les prix avaient atteint un niveau plafond par rapport au pouvoir d’achat des salariés américains. Parallèlement, l’augmentation du chômage et la multiplication des faillites individuelles ont entraîné une augmentation record des saisies immobilières. Des logements se sont massivement retrouvés sur le marché… alors que les acheteurs commençaient à manquer. Les compagnies de crédit se sont rendues compte que la multiplication des faillites allait les laisser avec un parc immobilier gigantesque sur les bras qu’il ne serait pas simple à vendre. De leur côté, les banques et les sociétés d’investissement internationales qui avait prêté à ces sociétés de crédits se sont aperçues qu’elles risquaient de ne jamais revoir leur argent si ces sociétés faisaient faillites. Enfin, les ménages européens et asiatiques qui avaient mis leurs économies dans des fonds de placement « dynamiques » ont compris que les gestionnaires avaient massivement investi dans ce subprime, qui paraissaient si rentable !
C’est ainsi qu’une crise apparaît. Un jour, on se met à douter de la capacité des ménages américains à acheter des maisons toujours plus chères et à faire face à leurs emprunts. Alors chacun cherche à retirer ses billes. Le plus vite possible. En espérant que les pertes seront plutôt chez le voisin. Moralité ? Il n’y en a pas. Les riches seront sauvés. Les banques centrales ont prêté plusieurs centaines de milliards de dollars, cet été, pour éviter les faillites bancaires. Au risque de faire repartir l’inflation ! C’est dire comme Trichet a eu peur. Et dire que tout ça c’est encore la faute des pauvres qui empruntent sans compter !
A propos, on l'a échappé belle!
Sarkozy aimait beaucoup les subprimes
envoyé par sarkophage